La technologie ne nous sauvera pas de la haine

Il est grand temps de réguler les géants d'internet.

La tuerie de masse d’El Paso a rappelé une énième fois que les contenus haineux publiés en ligne ont des conséquences dans la vie réelle. Face au déferlement de haine sur les réseaux sociaux, forums et plateformes en ligne, on a longtemps cru pouvoir apporter une réponse technologique au problème. En vain. Ce combat, les États s’en sont lâchement délestés en rejetant la faute sur des Facebook, Twitter ou d’autres lieux obscurs parfois peu connus du grand public. Les acteurs technologiques ont alors fait ce qu’ils font de mieux… de la technologie.

Ils ont sorti de leur chapeau l’arme fatale de l’intelligence artificielle. On a bu leurs paroles vantant une technologie qui devait permettre de scanner l’ensemble des contenus publiés sur leurs portails et effacer systématiquement ceux qui seraient jugés comme offensant, diffamatoires et haineux envers une communauté, un genre ou une appartenance x ou y. Bref, agir avec force et précision. Surprise: ça ne fonctionne pas.

En se reposant sur la technologie et les Gafa, nos dirigeants ont laissé la haine proliférer et la situation empirer.

La raison est simple. Il est impossible de définir et d’identifier technologiquement un contenu haineux. L’intelligence artificielle n’est pas capable, pour l’instant, de distinguer la nuance du vocabulaire utilisé, ni son contexte qui lui donne un caractère haineux ou non. La haine est aussi brutale que variée. Il suffit d’un mot pour la transformer en ironie ou en satire. On ne parlera même pas des fautes d’orthographe ou de l’ajout de mots "gentils" qui rendent les contenus "propres" aux yeux d’un robot.

En se reposant sur la technologie et en laissant les Gafa seuls face à ces problèmes, nos dirigeants ont laissé la haine proliférer et la situation empirer. C’est oublier qu’il existe des lois, des instances qui doivent agir. L’Allemagne met depuis peu systématiquement à l’amende les plateformes qui laissent passer des contenus à caractère haineux. Radical.

Si l’on ne doit généralement pas se faire prier pour vanter les vertus de la technologie, on est bien forcé ici de reconnaître ses limites. Il y a peu de chance qu’un génie de l’informatique sorte du bois avec une solution clé sur porte. Des mesures politiques doivent être prises et aller plus loin que la simple responsabilisation des individus et des plateformes. Un chantier titanesque qui passera notamment par la mise en place d’une autorité régulatoire et contraignante au niveau européen.

L’anonymat autorisé par certaines plateformes a libéré la parole et donné l’occasion de répandre une haine sans filtre. Si la liberté d’expression doit être garantie de tout temps pour la survie de nos démocraties, sans régulation des discours haineux en ligne, ces dernières courent à leur perte.

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