La vision court-termiste, un danger existentiel pour les entreprises

Rédacteur en chef adjoint

Étude après étude, le constat se confirme: les entreprises sont encore trop prisonnières de leurs résultats trimestriels et de la rentabilité immédiate offerte à leurs actionnaires. Les gagnantes de demain, parole de géants comme BlackRock, ce sont celles qui regardent au-delà de leur bilan financier.

À l’instar du film "Don’t Look Up", les entreprises ignorent-elles ou feignent-elles d’ignorer la menace climatique? Ce n’est pas ce que suggèrent les résultats de la dernière étude du bureau-conseil PwC menée auprès de près de 4.500 CEO dont une cinquantaine en Belgique: parmi ces derniers, 37% d’entre eux s’inquiètent de l’impact du changement climatique, un chiffre en augmentation de 9 points sur un an. Pourtant, lorsqu’on leur demande s’ils ont pris des engagements pour diminuer leur empreinte, les trois quarts avouent rester les bras croisés ou presque. Une schizophrénie qui n’est pas sans rappeler quelques perles du film sorti sur Netflix.

Les entreprises regardent donc la météorite, droit dans les yeux, mais la plupart d’entre elles n’en font rien ou pas assez. Une erreur qui peut leur être fatale. Dans sa lettre annuelle aux patrons des sociétés cotées, le CEO du fonds d’investissement BlackRock, Larry Fink, s’en prend lui-même à ces champions de la procrastination. Et il prévient: la décarbonation "va reléguer à l’arrière-plan les entreprises qui ne sauront pas s’adapter, quel que soit leur secteur d’activité". Un avertissement qui peut coûter cher aux récalcitrantes: BlackRock gère à lui seul 10.000 milliards de dollars d’investissements et n’a pas fait mystère de sa prédilection pour les bons élèves en termes de durabilité.

Il est temps pour ces entreprises réfractaires de dépasser leur gestion à la petite semaine, obnubilées qu’elles sont par une comptabilité court-termiste, aveuglées par des actionnaires sans vision.

Il est donc temps pour ces entreprises réfractaires de dépasser leur gestion à la petite semaine, obnubilées qu’elles sont par une comptabilité court-termiste, aveuglées par des actionnaires sans vision. La bonne nouvelle, au niveau européen, est qu’un Conseil international de normes de durabilité vient d’être institué, qui devrait harmoniser la communication autour des efforts fournis par les entreprises en termes de durabilité et les placer à l’égal des normes comptables. Encore faudra-t-il que l’initiative soit lisible, cohérente et surtout non polluée politiquement comme l’est aujourd’hui la taxonomie européenne, censée être le référent de la finance durable.

L’heure est donc venue d’une gouvernance différente, à la hauteur des défis de la planète, et ce à tous les échelons de l’entreprise et des États. C’est aussi ce que plaide l’hôte de Davos, Klaus Schwab, grand animateur de l’économie mondiale. "L’accent actuellement placé sur une conception étroite de l’économie et sur les intérêts financiers de court terme doit cesser, plaide-t-il dans une opinion reprise par l’organisation médiatique Project Syndicate. La primauté de la société et de la nature doit désormais s’inscrire au cœur de tout système nouveau de gouvernance – pour les entreprises comme pour les États. La finance et l’activité économique revêtent une importance vitale. Pour autant, elles doivent servir la société ainsi que la nature, et non l’inverse."

Rien à ajouter…

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