Le Brexit de May ou la mort d'une chimère

Frédéric Rohart

Le Brexit de Theresa May à nouveau rejeté.

Après huit semaines d’égarement, le Royaume-Uni peut enfin repasser aux choses sérieuses. Non, il n’était pas sérieux d’imaginer que la chambre des Communes pourrait adopter l’accord de divorce de Theresa May après que deux tiers des élus l’ont rejeté: l’écart était impossible à combler, fût-ce avec une déclaration interprétative. La Première ministre espérait renverser la vapeur en mettant le Parlement dos au mur – à minuit moins une, les députés empêcheraient bien la métamorphose du royaume en citrouille…

Non. La Première ministre savait qu’elle ne pourrait pas obtenir la révision de l’accord que demandait l’aile dure de sa coalition. Et elle n’entendait pas faire de concession à l’opposition – qui aurait peut-être pu valider son accord en échange d’un référendum de confirmation. Courageuse, imperturbable, la Première ministre a été au bout de la logique vouée à l’échec qu’elle a elle-même forgé.

Courageuse, imperturbable, Theresa May a été au bout de la logique vouée à l’échec qu’elle a elle-même forgé.

Les choses sérieuses, donc. Après la parenthèse, ce mercredi, d’un vote sur l’option d’un Brexit sans accord, viendra la demande de délais. L’Union européenne pourrait être disposée à l’accorder, mais pas à remettre une pièce dans la machine pour le plaisir de faire durer l’incertitude. Or qui, avant le 29 mars, va lui proposer une perspective de sortie de crise cohérente?

Theresa May, du haut de sa double humiliation, a-t-elle encore l’assise pour proposer au Conseil européen une alternative crédible? Et si, comme l’opposition et une partie de sa majorité le disent, son échec signifie la convocation d’élections, comment les Vingt-Sept pourraient-ils considérer ce grand rebattage des cartes comme une perspective susceptible de stabiliser l’atterrissage du Brexit? Beaucoup plus acceptable: un délai pourrait servir à convoquer un référendum.

Brexit

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Pour valider l’accord de May à la place des députés. Ou au contraire décider, mieux éclairés que jamais sur les conséquences du Brexit, de fermer ce qui aurait été une désagréable parenthèse. L’Europe attend, encore et toujours, en espérant que les Britanniques trouveront l’unité nécessaire pour empêcher un divorce sans accord, catastrophe d’une magnitude impossible à évaluer, qui mettrait en péril l’intégrité même du Royaume-Uni.

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