Le cabri magnifique

Le discours européen d’Emmanuel Macron.

Il y avait longtemps – quand était-ce, d’ailleurs? – qu’un chef d’État n’avait plus parlé de l’Union avec tant de verve. Le Président français a livré mardi à la Sorbonne un discours vibrant et ambitieux pour l’Europe. Il a nommé ses maux, il a accusé ceux – ceux de ses pairs, notamment – qui font de Bruxelles leur bouc émissaire, réveillé ceux qui avaient oublié que l’Union est toujours à bâtir. Il fallait l’écouter décrire la manière dont l’Europe, par ses ambitions industrielles, par ses solidarités nouvelles, par son ouverture assumée, va redéployer ses ailes et clouer le bec à ses démons…

Macron vient peut-être de donner au moteur endormi de l’Union un coup de manivelle déterminant.

On pourrait ricaner. Car c’est vrai: Emmanuel Macron a ce côté caprin que Charles de Gaulle raillait en 1965: "On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe!, l’Europe!, l’Europe!, mais ça n’aboutit à rien." Ce budget pour la zone euro qu’il propose, qu’en restera-t-il après le passage de Berlin? Cette taxe carbone aux frontières de l’Europe – Sarkozy en parlait déjà –, qui en veut vraiment? Et puis déterrer cette idée fraîchement enterrée de taxe sur les transactions financières en prétendant l’appliquer à tous les États membres, je vous demande un peu!

La construction européenne, et son train si peu adapté à l’allure à laquelle tourne le monde, prête facilement le flanc aux sarcasmes. On voudrait pourtant croire que le Président français a accompli lors de son discours de la Sorbonne bien plus que des sauts de biquette. Après avoir prouvé par les urnes qu’un fédéralisme européen assumé peut défaire le repli nationaliste, Macron vient peut-être de donner au moteur endormi de l’Union un coup de manivelle déterminant en étalant ses ambitions réformatrices tous azimuts. C’est évidemment des autres États membres – d’une nouvelle avant-garde – que cela dépendra. Les Européens ont gagné avec Macron une France énergique, une opportunité unique d’enfin avancer. Pour la saisir, ils devront sans doute chacun surpasser des tabous nationaux. Mais l’alternative, c’est un naufrage collectif.

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