Le camelot Van Overtveldt

Martin Buxant

Tout doit partir. Johan Van Overtveldt plaidant pour une privatisation de la SNCB, c’est le camelot pressé de liquider sa marchandise sur un marché. Pourtant, rien de drôle dans cette image. D’abord, parce que le ministre des Finances ne lance pas cette idée par hasard – il y croit fermement –, conduit par le dogme ultralibéral du tout au privé. C’est dans l’ADN de son parti, la N-VA, on l’oublie parfois, mais Van Overtveldt vient, utilement, de le rappeler. Il n’y a donc pas lieu de rire. D’un ministre des Finances, on attend sérieux et rigueur plutôt que promotion électorale. Ensuite, la SNCB fonctionne mal. Entre retards des trains, vétusté, inconfort pour les voyageurs et dette colossale, personne n’a envie de sourire.

Il y a 4 paramètres à considérer avant de privatiser ou non une entreprise: l’intérêt stratégique, l’intérêt social, l’intérêt financier et l’intérêt économique.

Sur le fond, la situation des actifs de l’État belge doit être examinée à la lumière de quatre paramètres: les intérêts stratégiques, les intérêts sociaux, les intérêts économiques et les intérêts financiers. C’est la boussole à suivre si on veut procéder à un examen du portefeuille de l’État fédéral et il n’y a pas à sortir de ces quatre points cardinaux. Parfois, ces intérêts se recoupent et convergent. Parfois, en revanche, ils se contredisent. Mais, parlant de la SNCB, qui peut dire, à ce stade, si une ouverture des chemins de fer belges à du capital privé rendrait la société plus performante? Personne. Et ceux qui prétendent le contraire racontent des âneries. Ainsi ne serait-il pas sot de faire fonctionner correctement la SNCB avant de penser à en revendre des parties. Et d’autres bijoux de famille arrivent sur l’étalage fédéral. La banque Belfius, par exemple, va être ouverte aux capitaux privés via une introduction en Bourse – et c’est une bonne chose. L’État va diluer son facteur risque – tout en conservant une majorité dans l’actionnariat, ce qui lui permettra de veiller au rôle stratégique que peut tenir une banque comme Belfius dans l’économie et la société belges. Les cas de Proximus ou encore de l’aéroport de Bruxelles-National doivent également être débattus. Il serait idiot – stratégiquement – que l’État liquide ses participations dans l’aéroport national, un aéroport où les intérêts flamands et francophones sont tellement imbriqués et parfois contraires que l’État fédéral y a un rôle essentiel d’arbitre à jouer.

Last but not least: les télécoms. Bien sûr, il y a un dividende annuel qui tombe dans les caisses publiques, mais il est rapidement dilapidé dans telle ou telle mesure. Et pour l’écrire franchement, on ne distingue pas l’intérêt stratégique qu’a l’État fédéral à continuer à jouer les opérateurs télécoms.

Allez, cela devrait réjouir le "revendeur" en chef du gouvernement fédéral Johan Van Overtveldt: un peu d’argent frais en perspective pour faire diminuer la dette de son magasin.

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