Le cas Theo Francken

Benoît Mathieu

Quand la Belgique collabore avec le Soudan...

A priori, le cas Theo Francken peut sembler épineux. Voilà un homme compétent qui s’inscrit dans la ligne tracée par ses prédécesseurs, à savoir durcir la politique d’accueil pratiquée par la Belgique. Une personnalité sans doute plus complexe et nuancée que les caricatures que l’on en dresse et desservie par une mine que l’on peut trouver patibulaire. Une forte tête chargée d’une mission périlleuse par son parti. Siphonner l’électorat du Vlaams Belang? C’était la partie facile, puisque la N-VA doit à présent lutter pour le conserver. Qui d’autre que Theo Francken, en charge de l’Asile et de la Migration, est mieux placé pour cela? La mécanique est bien huilée. Une saillie musclée ici et là, pas vraiment atténuée par des excuses à peine bredouillées.

Cela commence à faire beaucoup pour un seul homme.

La question mérite d’être posée. Ne vaut-il pas mieux, au final, une N-VA forte, plutôt qu’un Belang gonflé à bloc? Une droite conservatrice et nationaliste, jouant certes avec le feu populiste, mais démocratique, plutôt qu’une brochette de racistes patentés?

Et il faut y répondre par la négative. Parce que cela commence à faire beaucoup pour un seul homme. Theo Francken manie un "humour" aux frontières de la xénophobie et de l’homophobie. Assiste à des réceptions données en l’honneur d’anciens collaborateurs. S’assied sur la séparation des pouvoirs en refusant d’appliquer des décisions de justice. Emprunte des termes à l’extrême droite – ou au secteur du nettoyage. Accuse des organisations humanitaires de traite d’êtres humains. Et noue des partenariats avec un régime criminel, avec des conséquences humaines potentiellement dramatiques. Surtout, à force d’effectuer une danse du ventre destinée à charmer un électorat d’extrême droite, il en vient à valider certaines de ses thèses et à installer durablement son insidieuse petite musique dans le paysage politique belge.

Si le gouvernement Michel entend mener une politique migratoire plus stricte, c’est son droit. Que l’on adhère ou non. Cela ne justifie toutefois en rien le recours à une rhétorique nauséabonde et ce mimétisme détestable.

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