Le cercle vicieux de l'inertie politique

©Nima Ferdowsi

Depuis le 10 juin dernier, la logique n'a plus cours dans la politique belge. Les coups bas et les agendas cachés règnent en maître.

(l'écho) - Rien ne coule de source avec ce gouvernement. Le moindre accord doit passer par une phase d'affrontement. Même une simple ébauche d'échéancier pour la concrétisation de la déclaration gouvernementale tourne au conflit.

En soi, l'initiative d'Yves Leterme est intéressante. Il a accordé à ses ministres deux mois de rodage. Maintenant, il veut savoir quels dossiers peuvent être prêts quand. Histoire de montrer que ça avance, tout en veillant à ce que ces avancées demeurent «équilibrées».

Hélas pour lui, depuis le 10 juin dernier, la logique n'a plus cours dans la politique belge. Les coups tordus, les blocages sournois et les agendas cachés règnent en maîtres. Dans ce contexte, imaginer des «avancées équilibrées» peut, au mieux, susciter des haussements d'épaule.

La première cause de cette situation, c'est l'échéance du 15 juillet, exigée par le propre cartel du Premier ministre. Les délais sont trop courts pour élaborer des initiatives réellement neuves. En outre, l'hypothèque institutionnelle étouffe les tentatives de compromis: pourquoi un parti accepterait-il des concessions sur ses priorités économiques alors que le gouvernement tombera peut-être dans deux mois sur la réforme de l'État? Sortir de cet étouffement nécessite l'implication personnelle d'un Premier ministre suffisamment motivé pour entraîner ses partenaires. Nous sommes loin du compte.

La seconde cause du blocage, c'est la méfiance au sein de la majorité. Méfiance communautaire et politique. Quand un vice-Premier ministre (Didier Reynders) déclare que ce gouvernement n'est pas son choix et qu'un échec ne l'émouvrait pas plus que cela, on n’a pas envie de parier sur la stabilité de l'équipe. D'autant que les libéraux flamands chargent volontiers la barque.

Las d'être la cinquième roue de la charrette, le PS est entré dans la danse. Depuis le 1er mai, il exige des mesures sociales avec la même fermeté que d'autres en matière fiscale ou communautaire. L'addition des revendications en devient particulièrement lourde.

Cela nous conduit à la troisième cause du malaise: la conjoncture économique. Une simple addition des demandes serait un suicide budgétaire. Il faut impérativement choisir et c'est le drame de ce gouvernement.

L'inertie génère un cercle vicieux: les atermoiements ministériels accentuent la crise de confiance des consommateurs. Relancer ce moteur de croissance exige la mobilisation du pilote et de tout l'équipage. D'urgence.

par
Christophe De Caevel
Journaliste

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