Le choix des militaires

Journaliste

La Belgique a opté pour le F-35, en dépit des ambitions européennes en matière de sécurité collective.

Qu’on le veuille ou non, la décision de la Belgique de retenir le F-35 comme avion de combat sera perçue comme une entorse au discours pro-européen du gouvernement belge. Voire même, pour certains, comme une quasi-trahison de l’Europe de la défense.

Les deux marchés belges qui iront dans l’escarcelle des entreprises US concernent des industries hautement stratégiques.

Dans l’absolu, ce n’est pas faux. Il peut paraître paradoxal qu’un pays dont les gouvernements successifs ont toujours appelé à la construction d’un pilier européen de défense opte pour un achat militaire sur étagère outre-Atlantique, au détriment d’entreprises du Vieux Continent. Surtout à un moment où l’administration américaine menace ses plus proches alliés d’une guerre commerciale et réfute la sécurité collective.

Et ce n’est pas l’attribution d’autres commandes militaires à des sociétés européennes qui modifiera cette perception. Car les deux marchés belges qui iront dans l’escarcelle des entreprises américaines – les avions de combat et les drones – concernent des industries hautement stratégiques, comportant un caractère structurant.

Mais pouvait-il en être autrement? Certains facteurs ont en réalité probablement fait pencher la balance en faveur de Lockheed Martin depuis un certain temps. Un: le F-35 est un programme en début de vie, ce qui n’est pas le cas du Rafale et de l’Eurofighter. Deux: les projets européens qui s’esquissent portent sur des appareils qui entreront en service dans deux décennies. À contretemps, donc, des besoins belges, actuels et futurs. Trois: en 25 ans, la Belgique, qui a baissé à un niveau inédit ses dépenses de défense, est restée à l’écart de tous les programmes industriels communs, à part l’A400M. Sous ce seul angle, elle n’avait donc guère d’intérêt à opter pour un camp plutôt qu’un autre. Enfin, il y a eu le désintérêt des politiques – opposition et majorité confondues – pour ce dossier. Le seul véritable débat au cours de la procédure a porté sur une quasi-ineptie: une prolongation des F-16.

En définitive, on avait demandé aux militaires de choisir. Ils ont fait leur travail.

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