Le climat n'attendra pas

Journaliste

Le "paquet climat" proposé mercredi engage l'industrie européenne vers une mutation profonde. L'Europe devra accompagner ces propositions d'une démarche de concertation et de conviction. Sinon, ce sera l'échec.

Chose promise, chose due. Lors de son élection à la présidence de la Commission européenne, Ursula von der Leyen avait promis de faire du Pacte vert européen et de la lutte contre les changements climatiques la priorité de son mandat. Le numéro deux de l'exécutif européen, Frans Timmermans, s'était vu confier la mission d'élaborer un plan climat ambitieux. Ces promesses avaient permis à l'exécutif européen de recevoir l'appui nécessaire des progressistes et des Verts lors du vote de confiance du Parlement européen. Le Conseil européen, présidé par Charles Michel, avait ensuite entériné l'objectif de neutralité carbone de l'Europe pour 2050.

Un an et demi après ces engagements, la Commission s'est exécutée. Le "paquet climat" se révèle des plus ambitieux. Et des plus explosifs. Ses propositions engagent l'industrie européenne vers une mutation profonde. La fin des moteurs thermiques à partir de 2035, l'élargissement du marché de carbone aux transports et au bâtiment. Ce ne sont là que deux exemples de la révolution copernicienne qui se prépare.

L'Europe ne peut se permettre de décréter unilatéralement cette révolution climatique, sans œuvrer avec le monde des entreprises.

L'Union européenne propose d'accélérer le développement des technologies vertes pour être à la pointe de la nouvelle économie. L'Allemagne, la première économie du continent, n'a pas attendu pour amorcer cette évolution. Le changement est en cours, mais il importe qu'il se fasse sans altérer l'outil industriel et en le réorientant avec des incitants appropriés. Ce pari va nécessiter un travail énorme de concertation et de conviction. Et c'est là que l'exercice se révèle explosif.

L'Europe ne peut se permettre de décréter unilatéralement cette révolution climatique, sans œuvrer avec le monde des entreprises. Elle devra éviter, aussi, de s'aliéner des populations peinant à voir la fin d'une pandémie qui a cloué leur économie sur place. Dans un monde qui change rapidement, elle devra accompagner ses décisions d'une démarche pédagogique. Sinon, ce sera l'échec.

Ailleurs, aux États-Unis et en Chine, les plus gros pollueurs de la planète ne s'adapteront au mouvement que si l'Europe est déterminée et convaincante, comme elle le fut lors des négociations du Protocole de Kyoto en 2001.

Quant au climat, il n'attendra pas. Depuis 1980, des climatologues alertent sur les dérèglements provoqués par les émissions de CO2. Durant des décennies, le débat fut virulent. Aujourd'hui, plus aucun scientifique, ou si peu, ne conteste la réalité des changements climatiques. Les températures de quelque 50°C, enregistrées au nord du Canada, les dérèglements récents en Californie, en Russie et en Europe du Nord sont autant de signes inquiétants.

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