Le faux débat du 4e opérateur télécom

Journaliste

Le Comité de concertation a donc décidé de laisser la possibilité à un 4e opérateur d'entrer sur le marché de la 5G. La décision parait comme une évidence, mais aura mis des mois à être officialisée. Et pendant ce temps, la Belgique continue à accumuler le retard dans le déploiement du réseau de demain.

C'est donc oui pour le principe de déployer la 5G et oui aussi pour un quatrième opérateur. La première décision était attendue et seule son arrivée très tardive fait aujourd'hui encore tiquer. La seconde était en revanche plus sujette à débat et l'une des principales raisons du blocage actuel du dossier. Après des mois de négociations, de reports, d'études complémentaires, d'amendements, le verdict est finalement tombé. La Belgique s'ouvre à la concurrence. Avec donc comme conséquence un marché belge qui pourrait être complètement chamboulé.

Le rêve d'Alexander De Croo, lorsqu'il était ministre des Télécoms, est à portée appréciable. Dit comme cela, le choix de Petra De Sutter, la ministre actuelle du dossier, parait audacieux. Va donc pour un nouvel acteur qui pourrait casser les prix et pousser la concurrence dans ses retranchements. Un 4e opérateur qui pourrait aussi amener Proximus, Telenet et Orange à réduire leurs investissements, et ainsi dégrader la qualité du réseau belge. Le coup de poker amènerait forcément du pour et du contre. Mais son succès dépendrait surtout de l'adhésion du consommateur belge. Pas vraiment réputé pour sa faculté à passer d'un fournisseur à l'autre, il n'est pas certain de le voir modifier ses habitudes. Bref, autant de conséquences potentielles (qui ont et) pourraient encore amener des débats endiablés durant des heures. Pourraient. Du conditionnel depuis le début du paragraphe.

"À la formule, 'la Belgique s'ouvre à la concurrence', il est plus juste de dire que 'la Belgique ne se ferme pas à la concurrence'."

Car au final, la vraie information du Codeco de mercredi n'est rien d'autre qu'une porte laissée ouverte. À la formule, "la Belgique s'ouvre à la concurrence", il est plus juste de dire que "la Belgique ne se ferme pas à la concurrence". Une tournure par la négative moins pétillante, mais beaucoup plus proche de la réalité et du choix posé par Petra De Sutter et les membres du comité de concertation. Ils ont décidé de ne pas décider. Ou plutôt de laisser cette bonne vieille main invisible faire son travail sur le marché.

Et à y regarder de plus près, il risque bien de ne pas y avoir beaucoup de candidats. En tout cas, sur le marché des consommateurs. La petite Belgique et sa complexité ne font pas vraiment saliver grand monde. Mais autant ne pas conclure trop vite sur le désintérêt et laisser la porte ouverte. La ministre n'avait d'ailleurs pas vraiment d'autres choix. En fermant le secteur à seulement trois acteurs, Petra De Sutter aurait dicté au marché comment se comporter. Tout sauf son rôle. Dommage qu'il aura fallu des mois pour arriver à cette conclusion. En débattant sur ce qui ressemble très fort à une évidence, la Belgique a surtout confirmé un peu plus sa position de très mauvais élève européen pour le déploiement de la 5G.

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