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Le dossier Fortis frise l'overdose

Les pressions sur la Justice dont on accuse les services du Premier ministre sont évidemment impardonnables. Et aussi stupides.

Bruxelles (L'Echo) )- Les pressions que les services du Premier ministre auraient exercées sur la Justice et qui vaudront dans les semaines à venir à Yves Leterme de se retrouver devant une commission parlementaire, si elles sont avérées, sont évidemment impardonnables. Et aussi stupides. Parce que, avec raison, les magistrats tiennent comme à la prunelle de leurs yeux à la règle de séparation des pouvoirs.

Et que rien ne les braque plus que le comportement interventionniste d’un représentant du pouvoir exécutif. Le dossier Fortis avait bien besoin de cela…

Car rien ne nous aura été épargné dans cette affaire, et bien malin qui serait capable aujourd’hui de démêler l’écheveau. Le simple rappel des faits qui se sont succédé depuis fin septembre donne déjà le tournis: Fortis a été à deux doigts de tomber en faillite ; elle a été quasi-nationalisée et dépecée avant de tomber en un week-end dans l’escarcelle d’un groupe français qui la guettait depuis cinq ans ; les actionnaires ont été ruinés par une chute boursière sans précédent ; une assemblée générale a envoyé balader le conseil d’administration ; une décision de justice a gelé le rachat par BNP Paribas ; ce dernier a menacé de reprendre ses billes ; le Premier ministre, accusé d’avoir essayé de faire pression sur la Justice, se retrouve sur la sellette. N’en jetez plus.

On a tout dit sur les raisons qui ont mené à cette impasse : l’urgence, la panique, le souci de protéger les épargnants et d’éviter un bain de sang social, l’inquiétude de voir capoter le seul « deal » en présence… Mais cela n’excuse pas tous les comportements.

Il y avait sans doute sans cette affaire une sorte de « raison d’État », un intérêt supérieur à celui de chacun des particuliers touchés par la bérézina de l’action Fortis. Et qui avait trait à la sauvegarde et à l’équilibre de l’économie belge, rien de moins.

Mais nous sommes dans un État de droit, et les actionnaires étaient tout à fait fondés à agir en Justice. Même si, ce faisant, ils ont laissé les juristes ouvrir la boîte de Pandore. En matière de droit, et particulièrement en matière économique, les affaires de ces vingt dernières années ont largement démontré que les interprétations peuvent diverger radicalement d’un niveau d’instance à l’autre. Mais à ce point… Car comment se faire une opinion claire sur les arguments des uns et des autres dans un tel imbroglio ?

par Martine Maelschalck

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