Le jackpot du vaccin

Rédacteur en chef adjoint

Pfizer et Moderna vont augmenter le prix de leur vaccin dans l’Union européenne. Un geste annoncé, attendu, et qui pourrait nous coûter cher. L’Europe, pourtant, est en partie responsable de cette situation.

La hausse des prix par Pfizer et Moderna, deux de nos plus grands fournisseurs de vaccins anti-covid, est venue nous rappeler une cruelle réalité : ces sociétés, protégeant de la maladie, sauveuses de vie, garantes de notre santé, sont avant tout des entreprises commerciales. L’annonce peut paraître brutale, voire immorale pour certains, nous restons tributaires de la logique de marché. Et ces entreprises pharmaceutiques maîtrisent avec d’autant plus de facilité leurs ventes et leurs profits que leur position est dominante. La course au vaccin a en effet créé deux champions devenus incontournables : ceux utilisant la technologie à ARN messager, la plus à même semble-t-il de lutter contre des variants plus agressifs.

Pfizer et Moderna font désormais la loi sur le front du covid. Certes. Mais tout aussi frustrant que cela puisse paraître, nous le devons en grande partie à nos propres errements.

Pfizer et Moderna font désormais la loi sur le front du covid. Certes. Mais aussi frustrant que cela puisse paraître, nous le devons en grande partie à nos propres errements.

La gestion mondiale de la vaccination marche sur la tête. Depuis des mois, plusieurs experts, dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), réclament une meilleure distribution des flacons, jusqu'à pousser les pays occidentaux à reporter la vaccination des adolescents pour envoyer les doses aux pays les moins lotis. Les chiffres ne cessent de nous le rappeler : l’Europe et les États-Unis reçoivent suffisamment de doses pour vacciner entièrement 70% à 80% de leur population. L’Afrique du Sud en est à 12% pour une dose, la République démocratique du Congo à moins de 0,01%.

Or c’est à partir des pays les moins vaccinés que se développent les variants les plus virulents comme le delta (Inde) mais aussi le gamma (Brésil) et le bêta (Afrique du Sud). Variants qui, outre les nombreuses victimes laissées dans leur sillage, se répandent à travers le monde et poussent à leur tour certains pays occidentaux comme l’Allemagne et le Royaume-Uni à envisager… une troisième injection pour leur population la plus fragile.

Pfizer est le grand gagnant de notre désorganisation. À nous d’en limiter les frais, en considérant la pandémie telle qu’elle est : mondiale.

Après avoir snobé pendant des mois Covax – l’organisme international chargé d’organiser la distribution de vaccins dans les pays pauvres – les États-Unis ont programmé l’envoi de 500 millions de doses. La Commission européenne en aura distribué 200 millions d’ici la fin 2021. Des chiffres jugés largement insuffisants, à telle enseigne que certains pays peu lotis ne veulent plus attendre la manne promise, même gratuite. Comme le Rwanda, qui vient de négocier directement avec… Pfizer, décidément l’un des grands gagnants de cette désorganisation. Une désorganisation qui commence à nous coûter cher. À nous d’en limiter les frais, en considérant la pandémie telle qu’elle est : mondiale.

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