Le libra dans la balance

Rédacteur en chef adjoint

La monnaie virtuelle de Facebook n’est pas mûre.

Pour tout projet, il faut un équilibre. La monnaie virtuelle de Facebook, le libra, n’échappe pas à la règle. En la nommant d’après un signe du zodiaque ("Balance" en anglais), le réseau social aux 2 milliards de Terriens n’imaginait pas combien les astres seraient difficiles à aligner. Le projet subit une fronde unanime des régulateurs monétaires. À tel point qu’aujourd’hui les initiateurs du projet temporisent, et qu’il nous faudra sans doute attendre avant de voir des libras sonnants et trébuchants tomber dans nos portefeuilles virtuels.

Le problème du projet de Facebook, c’est Facebook lui-même.

Aucune volonté de remettre en cause l’idée du projet. Comme le répétait ce mardi Mark Carney, gouverneur à la Banque d’Angleterre, les transactions financières sont trop chères et trop lentes. Une monnaie virtuelle pallierait ces manquements. Le succès du M-Pesa, créé en 2007 par Vodafone en Afrique, montre avec ses 37 millions d’utilisateurs qu’il est possible de construire un tel projet, en l’occurrence ici dans des pays où beaucoup n’ont pas de compte en banque.

Le projet de Facebook ne bénéficie pas de cet élan fédérateur. Et ce, pour trois raisons.

Son ambition d’abord. Le réseau social veut se lancer dans le monde entier. Or, contrairement à l’aventure africaine de Vodafone (qui s’est d’ailleurs planté sur d’autres continents), les besoins en libra s’avéreront vite différents. Dans certains pays, ils serviront aussi l’intérêt de criminels 2.0, puisque la monnaie pourra être utilisée dans des transactions encryptées.

Ce qui nous mène à la deuxième raison: la confiance. Facebook peut-il inspirer un tel sentiment? L’affaire de Cambridge Analytica nous a montré que nous avons toutes les raisons de nous méfier.

Troisième raison: la stabilité du système. Le libra est une "stablecoin", une devise dite stable. Contrairement aux cryptomonnaies comme le bitcoin, elle est adossée à des actifs réels, des dépôts bancaires ou des titres financiers divers. Mais quid en cas de faillite de l’un des partenaires au projet? Quid aussi de l’impact, sur des devises plus fragiles, de 2 milliards d’utilisateurs de Facebook échangeant soudainement une partie de leurs avoirs en libra?

Finalement, le problème du projet de Facebook, c’est Facebook lui-même, dont le poids risque de déséquilibrer la balance. Un comble pour un libra.

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