Le pari risqué de De Croo et Di Rupo

(© Nima Ferdowsi)

L’obstacle n’était donc pas insurmontable. À entendre les ministres, il a même pu être franchi sans dommage et l’on finirait par se demander pourquoi les négociations ont tant duré. Ces arrangements de bouts de ficelle, comme la révision du droit d’emphytéose, sont en réalité des paris sur l’avenir. Des paris sur un lent redressement de la situation.

La Belgique vit toujours 9,4 milliards d’euros au-dessus de ses moyens. L’assainissement des finances publiques se poursuivra lors des prochains budgets. En 2014, il faudrait, pour le bien, trouver environ 4 milliards d’euros pour ramener le déficit vers 1,5% du PIB. Un seuil qui, selon les analyses du Bureau du plan, permettra d’enfin enrayer la spirale infernale de l’endettement.

Le pari du gouvernement, c’est que la conjoncture vienne soutenir ces efforts, grâce par exemple aux gestes posés en faveur de l’investissement dans les PME. À défaut, on reparlera très vite de la hausse de la TVA, de l’impôt minimum pour les entreprises ou d’une fiscalisation du livret d’épargne, des mesures qui tournent autour des négociations politiques depuis un an et demi sans jamais aboutir. Elles et d’autres se heurtent aux tabous respectifs, et souvent antinomiques, du PS et de l’Open VLD.

S’il fallait, dans les prochains mois, se résoudre à les intégrer finalement, ce serait un beau gâchis économique et politique. Économique, parce que, en les prenant plus tôt, le gouvernement aurait dégagé des marges pour initier des politiques alternatives et tenter de sortir le pays de l’ornière, ce qu’il n’a guère eu l’occasion de faire; politique, parce que la dernière ligne droite électorale n’est jamais la période la plus propice à l’adoption de mesures douloureuses.

Espérons qu’Elio Di Rupo et Alexander De Croo ne regretteront pas demain leur manque d’audace d’aujourd’hui. Cela étant, le relatif attentisme gouvernemental a du bon. En raclant les fonds de tiroir, on se force à un contrôle plus strict du respect des règles en matière de titres-services et à une chasse aux allocations familiales indûment payées.

Mais pourquoi diable le monde politique doit-il toujours être au pied du mur pour oser s’attaquer à de telles évidences? Ce sont aussi de tels "bouts de ficelle" qui ont conduit le déficit public là où il est.

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