Le pays mérite mieux qu’une grève en pleine pandémie

Rédacteur en chef

Peut-on appeler à la grève alors que le pays se bat encore et toujours contre une pandémie? Difficile à concevoir et pourtant, on en est là.

C’est difficile à croire et pourtant, on en est là. Pendant que les autorités politiques du pays cherchent à éviter une troisième vague de coronavirus, les syndicats chrétien et socialiste appellent à une grande grève dans le secteur privé, le 29 mars prochain.

On n’a pourtant pas encore vraiment négocié. On s'est vu mais sans chercher à rapprocher les points de vue. On n’a même pas cherché à faire semblant.

On finit par se demander si la négociation interprofessionnelle telle qu’on la connaît a encore un sens, tant elle force les postures jusqu’à la caricature. Vous savez : le "banc patronal" exige ceci, ce que le "banc" syndical s'empresse de juger inacceptable avant de revendiquer l’inverse. On se toise, slogan contre slogan. Les semaines passent, on s’énerve beaucoup mais rien ne bouge.

La pandémie n’aide pas, en ce sens qu’elle met certains secteurs à l’arrêt pendant que d’autres tournent à plein régime. Entre les deux, allez trouver une marge d’augmentation salariale équilibrée et raisonnable pour tous. La norme fixée cette fois (0,4% maximum pour les deux prochaines années) en devient aberrante, pour les uns comme pour les autres.

Cette grève déplacée témoigne, par l’absurde, de ce que notre modèle de concertation sociale fonctionne mal et a besoin d’un nouveau logiciel.

Au bout d’un moment, le gouvernement est appelé à l'aide pour (tenter de) faire le pont entre des positions devenues inconciliables à force d’accusations réciproques. Le politique n’a qu’à trouver la solution, lui qui bien sûr n’a rien d’autre à faire en ce moment.

Est-ce que c’est la fameuse loi de 1996 sur la sauvegarde de la compétitivité qui doit être revue parce qu’elle étoufferait la négociation ? Est-ce l’objectif d’un accord interprofessionnel qui plomberait tout en plaçant les pourparlers au mauvais endroit ? Le problème est-il ailleurs encore ? Quoi qu’il en soit, ça ne marche pas.

Il est temps de revoir la donne pour passer à une concertation sociale efficace et utile, qui permette d’éviter un épisode aussi inopportun que cette grève prochaine.

Le droit à la grève existe et se respecte. Mais il va de pair avec un devoir de responsabilité. Est-il vraiment judicieux de bloquer un pays malmené depuis un an par une crise sanitaire et économique historique ? Est-ce vraiment le bon moment ? Est-ce vraiment la meilleure manière d’avancer vers une solution ? Qui va vraiment en sortir grandi ou gagnant ?

Cette grève déplacée va rajouter de la crispation à la crispation. Elle va repousser à plus tard encore le temps de la négociation. Elle témoigne, par l’absurde, de ce que notre modèle de concertation sociale fonctionne mal et a besoin d’un nouveau logiciel avec, en son cœur, le respect et la créativité.

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