Le piège se referme sur les Afghans

Journaliste

Les Occidentaux quittent l'Afghanistan, laissant un peuple aux prises avec un régime islamiste archaïque. Paradoxalement, Américains et Européens devront garder des liens minimaux avec les talibans pour combattre l'État islamique et al-Qaïda.

Poussés vers la sortie par les talibans, les États-Unis et leurs alliés mettent fin ce mardi au pont aérien organisé pour évacuer leurs nationaux et d'anciens collaborateurs afghans. En quelques jours, plus de 112.000 personnes ont fui le pays. Des milliers resteront sur place, abandonnés dans les griffes d'un régime islamiste archaïque et imprévisible. Pour eux, le piège se referme.

Du début à la fin, l'opération de retrait fut chaotique. Dans le scénario initial de la Maison-Blanche, les forces occidentales devaient s'en aller dans l'ordre pour le 11 septembre, 20 ans après les attentats du World Trade Center. Un scénario à la vietnamienne, prévisible et violent, s'est imposé à la place.

Pour Washington, la mission initiale, traquer et punir les auteurs des attentats, est accomplie. Le reste, la libération du joug des talibans, les espoirs de démocratie et de liberté, la fin du terrorisme, l'émancipation des femmes afghanes, sont autant de rêves réduits en poussière par la "realpolitik".

Les États-Unis n'ont plus les moyens d'occuper l'Afghanistan. Des défis plus urgents s'imposent à eux, en particulier l'expansion militaire de la Chine, occupée à phagocyter leur première place sur l'échiquier mondial.

Talibans et occidentaux ont aussi des ennemis communs, l'État islamique et al-Qaïda, qu'ils devraient combattre ensemble.

Ce déroulé était prévu de longue date. Les États-Unis avaient annoncé la couleur lors de la conclusion de l'accord de Doha début 2020. Les alliés de l'Otan avaient approuvé sans broncher. Il fallait être d'une grande naïveté pour croire que les talibans se seraient contentés des provinces afghanes, tout en partageant le pouvoir avec un gouvernement fantoche proche de Washington.

Les talibans sont désormais les seuls interlocuteurs des États-Unis et de l'Europe. Un contact minimal avec eux s'impose, fût-ce pour maintenir ouvert l'aéroport international de Kaboul, acheminer l'aide humanitaire et combattre l'État islamique et al-Qaïda, leurs ennemis communs.

Les deux organisations terroristes internationales nourrissent les mêmes rêves de califat et de charia que les talibans, mais les ambitions de ces derniers se limitent à diriger l'Afghanistan.

Les talibans ne pourront se passer d'un lien avec l'occident, leur victoire étant en réalité bien maigre. L'économie afghane est à terre. Ni le peuple afghan ni l'étranger n'ont confiance en eux, tandis que les groupes terroristes promettent de faire du pays un enfer.

Les États-Unis et l'Europe ont raté leur départ militaire. Ils ne peuvent se permettre d'abandonner les Afghans, piégés dans la barbarie par leurs promesses non tenues. Ce qui signifie, paradoxalement, conserver un lien minimal avec ses dirigeants.

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