Le prix de la paix sociale

En concluant la paix sociale, patrons et syndicats ont refilé la facture au gouvernement. Le procédé n'est pas neuf, mais pose une nouvelle fois la question de la façon dont on taxe les salaires en Belgique. La notion de progressivité a pour ainsi dire disparu. Le ministre des Finances a promis d'y remédier dans sa grande réforme fiscale.

Après un long bras de fer, patrons et syndicats sont finalement parvenus à conclure un accord social qui repose en grande partie sur un relèvement du salaire minimum. Ce sont prioritairement les jeunes qui en bénéficieront. Les travailleurs de 18 ans dont les salaires sont les plus bas recevront l’an prochain 76 euros par mois en plus. Les 19-20 ans toucheront un peu moins. Pour le jeune qui se lance sur le marché du travail, c’est un coup de pouce salutaire qui, en outre, ne coûtera rien à son patron. En effet, pour éviter que cette hausse salariale ne vienne grever la compétitivité des entreprises, le gouvernement a accepté de compenser les hausses des cotisations sociales et de réduire la charge salariale des employeurs. Au total, cela coûtera 138 millions d’euros par an.

En s’attaquant aux pièges à l’emploi, on se retrouve avec un risque de piège à la promotion.

Le procédé n’est pas neuf. Par le passé, patrons et syndicats se sont régulièrement sortis de l’impasse en refilant la facture au gouvernement. Tel est le prix de la paix sociale. Mais il y a également une facture cachée. Les jeunes qui sont engagés à ces conditions salariales favorables pour les employeurs tomberont en dehors du dispositif dès lors qu’ils recevront une augmentation. En s’attaquant aux pièges à l’emploi, on se retrouve ainsi avec un risque de piège à la promotion.

Plus fondamentalement, tout ceci pose une nouvelle fois la question de la manière dont les salaires sont taxés en Belgique. La progressivité de l’impôt a pour ainsi dire disparu. Dès qu’on dépasse légèrement le salaire minimum, on risque de basculer dans des tranches d’imposition proches de 40%. Ce qui revient, dans les faits, à pratiquer une sorte de «flat tax», mais à un niveau très élevé. Réinstaurer une progressivité de l’impôt nécessite au contraire d’élargir les tranches d’imposition. La révision des barèmes fiscaux fait d’ailleurs partie de la grande réforme fiscale promise par le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V). Cette réforme est un des plus gros chantiers de la législature.

Reste à voir comment financer une telle réforme. Avec 138 millions d’euros, il est clair qu’on n’ira pas très loin. Pas plus qu’en instaurant un barème de 60% pour les revenus supérieurs à 100.000 euros, comme le propose l’Unizo. Actuellement, le barème maximum est de 50%. Revoir les barèmes fiscaux nécessite de mobiliser des montants d’un tout autre ordre qu’il faudra, au moins en partie, compenser par d’autres sources de revenus que le travail.

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