Le prix de nos libertés

Contenir la crise climatique exige d'urgence des "changements transformateurs", rappellent des milliers de scientifiques dans un avertissement sur l'urgence de la situation. Mais jusqu'où sommes-nous prêts à affronter nos tabous pour y parvenir?

Il serait facile de n’entendre que la moitié du nouvel avertissement de près de 14.000 scientifiques sur l’urgence climatique: le constat d’une dégradation catastrophique des paramètres vitaux de la planète sous l’effet de l’activité humaine. Un message rebattu depuis des décennies avec toujours plus d’acuité et qui entre en résonance avec l'expérience d'événements climatiques extrêmes de plus en plus fréquents et dévastateurs.

Sonnés par cette piqûre de rappel, nous risquons de passer trop rapidement devant l’autre partie du message. Pour espérer contrer l’emballement climatique en cours, les sociétés humaines doivent non seulement se transformer en profondeur, mais aussi le faire très rapidement.

Or, les changements à opérer nécessitent de lever des tabous que la plupart des responsables politiques raisonnables – c’est-à-dire soucieux de leurs chances de réélection – rechignent à aborder frontalement, les abandonnant au libre arbitre de chacun. Les scientifiques "lanceurs d'alerte", eux s’attaquent à des libertés individuelles comme celle de consommer sans autre limite que celle du portefeuille, ou à l’idée que la croissance démographique serait un état de fait sur lequel la politique n'a pas de prise.

Il faudra aller plus loin, et vite. Donc continuer de se confronter à nos contradictions pour construire un futur désirable.

Contraignons-nous, mais qu'est-ce à dire? Réduire notre consommation d’énergie, donc la superficie de nos habitations, donc la distance entre nos lieux de vie et de travail? En finir avec les énergies fossiles, donc accepter de payer plus cher une voiture plus petite ou de prendre le train plutôt que l’avion, voire d’ailleurs de voyager moins? Réduire notre consommation de viande, donc demander sa raréfaction dans les rayons, l’augmentation de son prix?

L'amorce d'une mutation

Derrière les "changements transformateurs" que ces scientifiques appellent de leurs vœux se cachent une multitude de questions explosives sur nos libertés. On a commencé à s’y attaquer, en douceur. À "ma voiture, ma liberté" se substituent le déroulement du tapis rouge pour la petite reine et l’avènement chahuté des villes en zone 30. Et la liberté de se faire construire une villa quatre façades se heurtera bientôt au plafonnement de l'étalement urbain – "Stop béton" ou "betonstop" selon votre latitude.

Comme une voiture ne s'arrête pas net au moment où vous écrasez le frein, le climat continuera de se réchauffer après l'arrêt des émissions. C'est déjà le prix de nos libertés.

Mais il faudra aller plus loin, et vite. Donc continuer de se confronter à nos contradictions pour construire un futur désirable. Notre génération est en train de vivre les effets dévastateurs d’un réchauffement de 1,1°C. Selon une étude récemment parue dans Nature Climate Change, l’humanité a déjà émis assez de gaz à effet de serre pour engendrer à terme plus de 2°C de réchauffement – parce que comme une voiture ne s'arrête pas net au moment où vous écrasez le frein, le climat continuera de se réchauffer après l'arrêt des émissions. C'est déjà le prix de nos libertés.

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