Le retour de l’État social actif?

L'assurance-chômage n’a cessé d’évoluer au gré du contexte économique et réglementaire. La proposition de Pierre-Yves Dermagne de permettre au travailleur démissionnaire de s'inscrire au chômage va-t-elle dynamiser le marché du travail, comme le fit l'État social actif, ou s'agit-il d'une idée mort-née?

En passant en revue cent ans d’assurance-chômage en Belgique, l’Onem (l’office national de l’emploi) propose un condensé d’histoire économique et sociale de notre pays. Le chômage n’a en effet cessé d’évoluer au gré du contexte économique et réglementaire. D’un système sur une base volontaire pour un groupe limité de personnes, on est passé à un système beaucoup plus universel.

Depuis 1920, on peut distinguer trois moments clés. En 1944 d’abord, la sécurité sociale moderne a vu le jour et l’assurance-chômage est devenue obligatoire. En 1975 ensuite, dans la foulée du premier choc pétrolier, le chômage a pris un caractère massif et structurel, et il le restera par la suite.

Le troisième moment clé, peu mis en évidence dans l’étude de l’Onem, c’est l’avènement de l’État social actif au début des années 2000 sous l’impulsion du ministre de l’Emploi de l’époque, un certain Frank Vandenbroucke. S’inspirant de la "troisième voie" développée par les travaillistes scandinaves et britanniques, l’État social actif visait à dépoussiérer la sécurité sociale héritée de l’après-guerre en poursuivant un double objectif : élargir la couverture à de nouvelles situations de vie et responsabiliser davantage les personnes.

Introduit dans les années 2000, l’État social actif visait à dépoussiérer l’assurance-chômage héritée de l’après-guerre.

Des dispositifs ont été mis en place pour inciter les gens à se réorienter, à se former ou à consacrer du temps pour eux ou leurs proches. C’était la grande époque des interruptions de carrière et crédits-temps en tout genre, couverts par l’Onem. En contrepartie, le contrôle de la disponibilité des chômeurs a été renforcé et les moyens consacrés à la formation décuplés. Pas toujours à la satisfaction générale, les uns dénonçant une "chasse aux chômeurs", les autres digérant mal l’idée de pouvoir faire un tour du monde aux frais du contribuable. Au passage, la pression accrue sur les demandeurs d’emploi a eu pour effet pervers de faire basculer un certain nombre d’entre eux dans la maladie de longue durée, un régime réputé moins exposé aux contrôles.

La récente proposition du ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne (PS) de permettre au travailleur démissionnaire de s’inscrire au chômage apparait à contrecourant de la tendance visant à resserrer les boulons. Elle vise à fluidifier le marché du travail en facilitant les réorientations de carrière, mais elle indispose les organisations patronales qui y voient un mauvais signal dans un contexte marqué par le retour des pénuries de main-d’œuvre. L’avenir dira s’il s’agit d’un retour en grâce de l’État social actif ou d’une idée mort-née. En tout état de cause, cette mesure ne suffira pas à elle seule à dynamiser le marché du travail.

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