Le Roi et les allumettes

Rédacteur en chef

Le discours aux corps constitués

"Dans dix ans, notre pays fêtera ses deux cents ans. Nous pourrons, alors, être fiers de ce que nous aurons accompli." C’est par ces mots que le Roi a clôturé ce jeudi son discours de Nouvel An à destination des corps constitués. Rarement les vœux royaux avaient été aussi brefs. Rarement ils avaient été aussi scrutés qu’en ce début d’année 2020, vu la séquence post-électorale qui se joue au Fédéral. Rarement ils avaient été aussi engagés à l’égard de la classe politique. Morceaux choisis: "l’union de nos forces et la mobilisation de toutes les instances du pays sont plus que jamais nécessaires." "Nous avons besoin d’une vision au Fédéral." "Le moment est venu de laisser tomber les exclusives."

On laissera ceux qui le souhaitent estimer si, avec ce discours, le Roi est sorti ou non de son rôle constitutionnel pour se concentrer sur une question: vivra-t-elle encore, finalement, la Belgique, dans 10 ans? Et ce ne sont pas les propos tenus par nos politiques, ceux que nous avons croisés ce jeudi, autour des petits fours servis pour digérer les mots royaux, qui doivent nous rassurer. Nous ne citerons qu’un des négociateurs de premier plan de la coalition Vivaldi – la dernière possible? – qui lui n’y croit plus: "Tout le monde dit avoir peur du feu, mais tout le monde joue avec des allumettes".

Qui prendra le risque de l’étincelle sur les terres arides des propos populistes semés par le Belang?

Dramatise-t-on (encore) pour montrer que l’heure est grave et se forger un dernier espoir? Ou se dirige-t-on vers de nouvelles élections, ce que de plus en plus de monde craint? Elles sont en tous les cas là, les flammes qu’on nous agite.

Car même en Flandre où le "niet" à la N-VA du PS ne passe définitivement pas, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui anticipent les effets que pourrait avoir un retour aux urnes. Modérés de gauche et de droite, politiques ou décideurs, les mines sont graves. Qui prendra le risque de l’étincelle sur les terres arides des propos populistes semés par le Belang?

Une dernière citation pour la route. Nous l’avons, elle aussi, entendue ce jeudi. Et elle résonne en ce Brexit Day: "Celui qui décidera qu’on revote, ce sera prendre un risque à la Cameron."

On se redonne rendez-vous dans dix ans?

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