Le sabordage d'une femme d'Etat

La séquence de cette semaine sur la nomination tardive du prochain commissaire européen est à la fois surréaliste et normale.

Normale? En notre chère particratie, dès qu’il y a des postes à pourvoir, s’engage en général un grand troc entre formations politiques. Faute de consensus, la Belgique préfère parfois laisser un siège vide des mois durant ou faire pourrir une mission ad interim de peur de froisser l’une ou l’autre. L’intérêt de l’Etat? Secondaire.

Au niveau fédéral, le gouvernement dispose généralement d’un paquet de fonctions à pourvoir qui lui permet de contenter les partenaires du moment, toujours prêts à placer leurs pions ou récompenser l’une ou l’autre personnalité pour service rendu. Ce marchandage se retrouve le plus souvent dans la presse, ce qui n’est pas de nature à améliorer l’image du politique. L’opinion publique a horreur de ces petits jeux.

L’affaire qui nous a occupés cette semaine participe de cette tradition et d’une pratique qu’on retrouve à bien des niveaux de pouvoir. Y compris européens. À une grande différence près: le gouvernement qui a la main pour ce type de nomination est ultra-minoritaire et n’a en gros qu’une carte et deux demi-cartes à distribuer: le poste de commissaire européen, un poste de Premier ministre temporaire et une vice-présidence à la Banque européenne d’investissement. Malgré tout, le MR de Charles Michel semble mener la danse au profit de son propre candidat, Didier Reynders.

Laurette Onkelinx s’est fait incendier sur les réseaux sociaux, ce qui était largement prévisible.

C’est dans ce contexte que le Parti socialiste a mis un drôle d’atout sur la table: la candidature de Laurette Onkelinx. La présidente du PS bruxellois peut faire valoir une solide expérience politique avec ces 22 ans au gouvernement fédéral. Une femme d’Etat à n’en pas douter mais qui avait annoncé en 2017 son retrait, pour cette année, de la politique. Cette décision n’avait pas été prise à la légère. Son image était alors déjà largement écornée par le scandale du Samusocial et sa proximité avec un Yvan Mayeur mis au ban de la société comme aucun homme politique avant lui. Et voici qu’elle et son parti reviennent sur un engagement pris presque la larme à l’œil.

Laurette Onkelinx s’est fait incendier sur les réseaux sociaux jeudi, ce qui était largement prévisible. Et voilà la couche rajoutée à ce malaise sociétal qui mine la confiance citoyenne à l’égard du monde politique. Le PS n’aura qu’à s’en prendre à lui-même. C’est d’autant plus surréaliste que sa proposition pour ce poste important n’a rien d’illégitime même si, sortie du chapeau d’Elio Di Rupo, elle ressemble à un coup de bluff. Les socialistes du nord et du sud forment ensemble la famille politique la plus importante en nombre du Parlement fédéral issu des dernières élections et le PS est en position de participer au prochain gouvernement.

C’est aussi le cas de la N-VA qui depuis l’opposition tente elle aussi, beaucoup plus discrètement, de placer un de ces hommes au top de la Banque européenne d’investissement, embrassant le jeu des partis traditionnels.

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