Le savant et le politique

Les codes couleurs illustrent les limites des avis scientifiques.

Sciensano, GEES, CNS, Comité de concertation, Centre de crise : les experts ne manquent pas pour assister les politiques dans la gestion de la pandémie. On peut difficilement reprocher aux politiques, qui sont pour la plupart des juristes, de consulter les scientifiques dans un dossier qui les dépasse. Et on comprend bien qu’un avis scientifique puisse être revu au gré de l’évolution de l’épidémie et des nouvelles connaissances que l’on engrange sur ce virus sournois.

Là où cela devient plus problématique, c’est lorsque le politique, pour éviter de se mouiller, se retranche derrière l’avis du savant. Pire, on a parfois l’impression que certains experts font pression sur les politiques via les médias. Or c’est le politique qui, in fine, doit arbitrer entre les intérêts parfois contradictoires qui sont en jeu et assumer la responsabilité de la décision finale. C’est aux Affaires étrangères que s’adressent les autorités suisses pour faire part de leur perplexité par rapport à la décision de classer en zone rouge trois cantons (Valais, Vaud et Genève) qui affichent des taux de contamination pourtant inférieurs à d’autres cantons et surtout, bien inférieurs à ceux de la Belgique.

C’est le politique qui, in fine, doit arbitrer entre les intérêts parfois contradictoires qui sont en jeu et assumer la responsabilité de la décision finale.

Plus fondamentalement, n’est-il pas étonnant que le politique abandonne à un groupe composé essentiellement d'agents de l’Etat accompagnés de quelques experts cooptés le pouvoir d'interdire de se rendre dans des pays où le virus sévit moins que chez nous ?

Face au blocage politique que nous connaissons depuis les élections de mai 2019, certains ont ressorti l’idée d’un gouvernement d’experts. La Belgique a déjà connu ça dans un passé lointain. En 1934, le "gouvernement des banquiers" dirigé par Georges Theunis avait été mis en place par le Parlement pour prendre une série de mesures impopulaires mais nécessaires dans la foulée de la crise de 1929. Il avait notamment réduit les salaires de 5%, avant de démissionner au bout de quatre mois, s’estimant insuffisamment soutenu par le politique.

Après avoir prêté l’oreille au savant, le politique se doit de reprendre la main. La leçon semble avoir été retenue puisqu’à partir de ce mercredi, le Valais et le Vaud ont retrouvé la couleur verte des alpages sur la carte des destinations de vacances.

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