Le sultan tient sa vengeance

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La purge d’Erdogan éloigne la Turquie de l’UE.

"On peut être paranoïaque et avoir des ennemis. Les deux ne sont pas incompatibles", a dit un jour la Première ministre israélienne Golda Meir. Le coup d’Etat manqué en Turquie n’a de cesse de prouver cet adage. Chaque jour, depuis le putsch avorté, le président turc Tayyip Erdogan pousse sa purge plus loin, plus fort. Militaires, magistrats, enseignants, doyens de faculté, fonctionnaires, journalistes… Ils sont aujourd’hui plus de 60.000 à être suspendus de leur fonction ou à croupir en prison.

La tentative de coup d’Etat, qu’elle ait été fomentée ou non par Fethullah Gülen, est un cadeau pour Erdogan. Depuis quinze ans qu’il est au pouvoir, le président dénonce à tour de bras ses ennemis dans un seul et même discours imbibé de paranoïa. À le croire, "ils" se sont infiltrés partout. Dans les écoles, l’administration, les rédactions, la diaspora, l’armée.

Grâce au coup d’Etat, le sultan tient enfin sa vengeance. Il peut arrêter ses opposants.

Dans quelque temps, le président Erdogan aura façonné un Etat débarrassé d’opposants.
Dans quelque temps, le président Erdogan aura façonné un Etat débarrassé d’opposants.

Cette répression, bénie par des partisans galvanisés par les médias proches du pouvoir, prend une tournure qui fait craindre le pire pour ce qui reste de la démocratie turque. Amnesty rapporte des faits de torture, des coups et des viols perpétrés à l’occasion des arrestations.

Les alliés de la Turquie s’inquiètent du dérapage. Erdogan n’en a cure. Dans quelque temps, il aura façonné un Etat débarrassé d’opposants.

Sa stratégie d’éloignement de l’Occident peut se poursuivre. Sa purge, assortie de la menace de restaurer la peine de mort, relègue aux calendes grecques l’adhésion de la Turquie à l’Union.

En même temps, le président turc se réconcilie avec son ennemi russe, Vladimir Poutine, auquel il ressemble de plus en plus. Les deux dictateurs vont se rencontrer à Saint-Pétersbourg en août. Deux nations émergentes, dirigées d’une main de fer et prêtes à balayer les équilibres du XXIe siècle, face à une Europe désunie, occupée à gérer le départ du Royaume-Uni.

La Turquie, deuxième puissance militaire de l’Otan, indispensable à la stabilité du Moyen Orient, change de visage. L’ignorer, laisser faire, serait pour l’Europe une grave erreur.

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