Le surréalisme politique a vécu

L’heure n’est plus aux cadeaux et aux embrassades en mode bisounours. L’heure est aux bilans, et au comptage des points engrangés. Pas au surréalisme.

Il aura tout essayé. Jusqu’à la caricature du surréalisme à la belge. Mais en politique, le surréalisme ne plaît pas. Faire de la politique, conquérir le pouvoir et l’exercer, c’est organiser et gérer les affaires publiques, c’est gouverner. Et gouverner, c’est être en mesure de prévoir.

Charles Michel, dans l’imbroglio dans lequel la N-VA l’a plongé, était-il encore en mesure de gouverner, et de prévoir? Non. Contraint et forcé, il aura dû finir par l’accepter.

Il aura pourtant tout essayé, déployant une créativité sans doute jamais vue en politique belge. Jusqu’à cette suggestion de remettre entre les mains du Parlement les clés de la maison Belgique en proposant une "coalition de bonne volonté".

Un pari osé, risqué, guidé par l’opportunisme aussi. Focalisé sur ces sondages qui donnent un MR en perte de vitesse, sa proposition devait permettre d’éviter de laisser un chantier inachevé (c’est raté), et éviter une motion de méfiance provoquant une situation politique intenable dans un pays comme le nôtre, et donc des élections anticipées qui s’annonçaient inéluctables.

Mais, tout aussi créative et innovante qu’elle était, sa proposition ne reposait que sur la bonne volonté des autres partis. Son plan aurait pu fonctionner. Mais c’était oublier qu’à cinq mois des élections, la bonne volonté, en politique, cela n’existe plus. L’heure n’est plus aux cadeaux et aux embrassades en mode bisounours. L’heure est aux bilans, et au comptage des points engrangés.

Pas au surréalisme.

En choisissant finalement la case palais royal, plutôt que de subir le vote d’une motion de méfiance déposée par des députés sceptiques face à sa "bonne volonté", Charles Michel n’a pas nécessairement fait preuve de courage politique. Mais de tactique. Fine.

L’heure n’est plus aux cadeaux et aux embrassades en mode bisounours. L’heure est aux bilans, et au comptage des points engrangés. Pas au surréalisme.


En choisissant la case palais royal, Charles Michel évite une claque magistrale assénée par les députés au travers de leur motion de méfiance. Mais aussi, il n’accélère pas le processus des élections anticipées. Il le complique. Car seul le Parlement pourra, dorénavant, en décider. Il faut en effet une majorité absolue à la Chambre pour que la proposition de dissolution soit soumise au Roi. Or, parmi les partis démocratiques, personne – exceptée la N-VA – n’a envie de ces élections anticipées.

En choisissant la case palais royal, Charles Michel fait donc un dernier pied de nez à la N-VA. Cette N-VA qui l’aura fait tourner en bourrique durant quatre ans et deux mois. Au MR, la vengeance est un plat qui se mange froid. En sortira-t-il grandi? C’est moins sûr…

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