Le syndrome Sabena plane sur Brussels Airlines

Joan Condijts

Le vent semble tourner pour Brussels Airlines. Et les nuages ressurgir. Tout converge pour créer les conditions d’un nouveau désastre aérien.

Le ciel belge serait-il maudit? Bien sûr le vent printanier qui soufflait sur le secteur aérien fleurait la fragilité – les résultats de Brussels Airlines n’ont jamais atteint la stratosphère financière. Pourtant il y avait quelque fraîcheur, inspirée par le courage d’actionnaires téméraires, d’un personnel souvent passionné. Et l’horizon sans être rose bonbon n’était pas obscur comme il l’avait été, voici une quinzaine d’années, lorsqu’une Sabena sous-capitalisée, sclérosée par un syndicalisme à courte vue, mal dirigée et finalement même pompée par une Swissair moribonde, avait fini par sombrer.

Aujourd’hui, ce vent semble tourner. Et les nuages ressurgir. Il y a d’abord Lufthansa… La compagnie allemande a fini par racheter Brussels Airlines après des années d’hésitation. Contrairement à ses précédentes acquisitions (Swiss, Austrian Airlines) auxquelles il a laissé une forme d’indépendance, le transporteur allemand veut intégrer la petite belge dans sa filiale low-cost Eurowings. Une stratégie qui semble davantage répondre à des impératifs internes au groupe – pour ne pas dire carences: Eurowings n’atteint pas les objectifs escomptés – qu’à une réelle vision industrielle et commerciale. Non seulement Lufthansa n’a pas tardé à virer le patron de Brussels Airlines mais la compagnie tarde à clarifier la situation du personnel belge. Du moins à lui offrir des perspectives.

C’est ce contexte qu’ont choisi les pilotes pour débrayer: ils menacent de ne pas décoller lundi et mercredi prochains. Leurs revendications (hausse salariale, adaptation horaire) sont-elles légitimes? Difficiles à rencontrer certainement. Et mêmes promises à l’échec: Lufthansa a résisté des semaines durant à des actions de ses propres pilotes. Jusqu’à étouffer le mouvement. Bref, le jeu est dangereux et le calendrier assez mal choisi. D’autant que le prix du pétrole, et donc du kérosène qui, avec le personnel, représente le coût principal d’un transporteur, est reparti à la hausse.

Nouveau partenaire méfiant, choix stratégiques douteux, manque de perspectives, climat social et économique se détériorant, concurrence féroce… Tout converge pour créer les conditions d’un nouveau désastre aérien. Lufthansa dispose des outils et de la compétence pour sortir de cette spirale. Mieux, la compagnie peut même profiter d’un aéroport sous-exploité au cœur de l’Europe – le nombre de passagers y connaît d’ailleurs une belle croissance. Pour cela, il faudra toutefois donner d’autres gages que ceux qu’elle s’apprête à servir et surtout dessiner une véritable stratégie et un destin à sa filiale ainsi qu’à son personnel plutôt que les employer comme simples pansements de ses errances domestiques. Autrement dit, redonner de la confiance et relancer les moteurs.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content