Le tracing qui effraie

Le tracing fait partie des outils mis en place afin d'éviter un nouveau confinement sauvage. Il permet de détecter les éventuelles poches de résurgence. Mais l'app fait peur...

Nous avons appris à mieux connaître le virus. Nous avons appris à le juguler, à développer contre lui certains outils qui nous permettront d’éviter un nouveau confinement sauvage, destructeur et liberticide, au cas où la pandémie jetterait à nouveau ses victimes en masse dans nos hôpitaux. Ces outils, ce sont les règles sanitaires de base, les masques, la multiplication des tests mais aussi le tracing, qui permet de détecter les éventuelles poches de résurgence.

"Non-respect du secret médical, centralisation excessive des données, élargissement disproportionné des requêtes, le cadre d’application paraît clairement démesuré."

Or pour le tracing, la Belgique a tergiversé. L’app fait peur, la technologie – américaine de surcroît – déflore nos vies privées. Pour l’heure, les autorités ont opté pour des traqueurs humains qui, lorsqu’une personne présente un résultat positif au coronavirus, lui demanderont qui elle a croisé les jours précédents. Une technique qui ne fait pas appel à nos smartphones mais qui n’élimine nullement les problèmes de vie privée comme en témoigne l’avis dévastateur de l’Autorité de protection des données au moment où le projet de loi encadrant son application passe à la Chambre. Non-respect du secret médical, centralisation excessive des données, élargissement disproportionné des requêtes, le cadre d’application paraît clairement démesuré.

Obtenir l'adhésion

Cette concentration de pouvoir aux allures de Big Brother est d’autant plus inquiétante que sa finalité même n’est pas précisée, et que, d’avis d’experts, la mesure ne sera suffisante pour combattre le virus que si elle est complétée par un tracing technologique à grande échelle que continue à promouvoir le ministre De Backer.

La Belgique a signé et adopté le Règlement général pour la protection des données, entré en vigueur il y a tout juste deux ans. Ce règlement prévoit certes, dans son article 9, une dérogation "pour des raisons d’intérêt public dans le domaine de la santé publique", pour autant que la finalité de cette dérogation soit motivée, qu’elle soit proportionnée et que l’utilisation des données se fasse de manière volontaire. Ce sont là les bases incontournables d’une relation de confiance que la population est en droit d’exiger auprès de ses dirigeants. À défaut de quoi, le tracing n’obtiendra pas d’adhésion. Et sans adhésion, le virus pourra continuer, invisible, à terrasser ses victimes.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés