Les agences bancaires ferment " en dégradé "

L’annonce de la suppression, par BNP Paribas Fortis, de 150 agences bancaires au cours des trois prochaines années, ne devrait certainement pas nous avoir pris par surprise.

D’abord parce que ses concurrentes ont-elles aussi annoncé ces derniers mois des fermetures d’agences. Ensuite, parce que la Belgique est toujours nettement plus bancarisée que ses voisins, surtout si l’on tient compte des (nombreuses) agences gérées par des indépendants. Enfin, parce qu’en raison de la montée en puissance des terminaux de paiement d’abord et du PC banking ensuite, les clients ont eu de moins en moins de raisons de passer par leur agence pour effectuer des opérations de routine.

Il ne faut pas chercher loin la raison de la prolifération des agences bancaires dans notre pays. Jusqu’au début des années 90, les enseignes étaient tellement nombreuses que l’on avait coutume dire que l’on trouvait, chez nous, une banque aux quatre coins de chaque place de village. Et puis les banques ont commencé à fusionner : CGER-Fortis puis Fortis-Générale de Banque, Kredietbank-Cera, Dexia-Bacob... Les observateurs en ont logiquement déduit que les nouvelles entités seraient contraintes de fermer une agence sur deux. Et ils ont prédit que les banques allaient connaître " un bain de sang social ". Les plus alarmistes annonçaient même que les banques seraient " la sidérurgie des années 2000 ".

Or, que s’est-il passé ? Entre 1993 et 2000, soit au début des grosses fusions bancaires, si le nombre d’agences indépendantes a fortement diminué, celui des agences bancaires " classiques " n’a en revanche reculé que de 15%. En revanche, entre 2000 et 2012 le nombre de ces mêmes agences a reculé de ... 43% ! Quant à l’emploi dans les banques, alors qu’il était resté stable entre 1995 et 2000, il a reculé de 18% au cours de la décennie suivante. On dira : la crise est passée par là. C’est indéniable. Mais cette évolution en deux temps n’est pas sans rappeler les " Dix Stratégies de Manipulation " à travers les médias, décrites par le américain Noam Chomsky. La troisième est " la stratégie de la dégradation ", que Chomsky décrit ainsi : " Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en " dégradé ", sur une durée de 10 ans. " C’est exactement ce qui s’est produit pour les agences bancaires " aux quatre coins de la place du village ". Interpellant.

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