Les Bisounours du renseignement

Faut-il s'offusquer que les États-Unis aient pu passer par le Danemark pour espionner Angela Merkel, ou regretter l'absence de renseignements européens capables de rendre la pareille ?

Les responsables politiques doivent parfois donner le change, même si l'on suspecte que le cœur n'y soit pas vraiment. Prenez l'affaire des communications d'Angela Merkel. La fine fleur du renseignement américain a utilisé le Danemark, nœud de câbles internet sous-marins, comme tête de pont pour espionner la chancelière allemande et d'autres hauts responsables européens. Tollé général.

Tout en reconnaissant qu'on "n'est pas dans un monde de Bisounours", la France, par la voix de son ministre des Affaires européennes, a prévenu que si ces informations étaient confirmées il faudrait "en tirer les conséquences en termes de coopérations". Attachez vos ceintures. Et alors que ces allégations portent sur la période 2012-2014, le gouvernement danois s'est fendu d'une réaction tout aussi ferme – "les écoutes téléphoniques systématiques d'alliés proches sont inacceptables", selon la ministre de la Défense. Face aux opinions, les responsables politiques n'ont d'autre option que de jouer les vierges effarouchées. Mais si ceci est un scandale, c'est un feu de paille.

Dans le monde du renseignement, c'est un non-sujet. Tout le monde s'espionne, et à ce jeu-là: que le meilleur gagne.

Car dans le monde du renseignement, c'est un non-sujet. Tout le monde s'espionne, et à ce jeu-là: que le meilleur gagne. Recueillir des renseignements est un devoir régalien. Et il ne s'agit pas seulement de mesurer la menace militaire que représentent les adversaires, mais aussi de sentir tourner le vent économique chez les partenaires.

Des services en ordre de marche

S'offusque-t-on que Washington utilise un État membre de l'Union comme poste d'observation pour espionner les capitales européennes? Mais les Yankees le faisaient déjà au su et au vu de tous avec leurs collègues britanniques, lorsqu'ils étaient encore dans l'Union européenne! Si les Américains sont efficaces, le sujet ne devrait pas tant être de le leur reprocher que de s'interroger sur l'efficacité des Européens. Vingt-sept États dont les services de renseignements ne coopèrent qu'à la marge peuvent-ils rivaliser avec la NSA?

On peut se prendre à rêver d'une Europe capable de monter en gamme dans le domaine du renseignement. Mais c'est l'un des domaines où l'union est la plus difficile – demandez aux services de vingt-sept pays de se partager des informations durement acquises quand les services au sein d'un même pays (suivez mon regard) n'y parviennent pas. En attendant une improbable NSA européenne, peut-être pourrait-on commencer par investir dans des services nationaux en ordre de marche? À défaut, Belges et Européens se condamnent au rang des Bisounours du renseignement.

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