Les brevets, freins à la lutte contre la pandémie

Rédacteur en chef adjoint

Des régions du monde sont tenues à l’écart des vaccinations contre le coronavirus. La faute à une production déficiente, elle-même freinée par la protection des brevets. Une entrave à lever de toute urgence.

Faut-il lever temporairement les brevets sur les vaccins contre le Covid-19? Le débat a pris une nouvelle ampleur cette semaine suite à la lettre ouverte signée par 170 prix Nobel et anciens chefs d’État et de gouvernement. La demande n’est pas nouvelle. En octobre dernier, l’Inde et l’Afrique du Sud, rejointes ensuite par une centaine d’États membres de l’Organisation mondiale du commerce, ne disaient pas autre chose. Une requête qui se heurte à un refus des États-Unis, de l’Europe et de leurs entreprises.

Il est plus que temps de répondre à cette demande, et de pousser l’industrie pharmaceutique à sortir de sa logique purement commerciale.

Passons outre les milliards alloués sans garde-fous par nos gouvernements, États-Unis en tête. Cette aide a permis à ces entreprises de sortir en un temps record les précieux flacons que le monde se dispute aujourd’hui. On ne peut que s’en réjouir. Jugeons plutôt la distribution sur le terrain. Et là, le constat est implacable: la production ne parvient pas à suivre la cadence.

La moitié des doses administrées dans le monde le sont dans les pays européens et américains, quand la plupart des pays pauvres ont vacciné moins de 1% de leur population.

On le voit déjà en Europe. Que dire alors des coins les plus défavorisés de la planète. La moitié des doses administrées dans le monde le sont dans les pays européens et américains, quand la plupart des pays pauvres ont vacciné moins de 1% de leur population. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tenté la parade en instaurant le consortium international Covax qui fournit aujourd’hui ces régions défavorisées. L’Union européenne en fait partie, mais pas les États-Unis, pourtant à l’origine de certains des vaccins les plus efficaces au monde.

L’équation s’est encore complexifiée avec les doutes émis par les autorités sanitaires occidentales sur les effets secondaires du vaccin AstraZeneca. Ce vaccin constitue le gros de l’approvisionnement de Covax à destination des pays pauvres, parce que moins cher et plus facile à stocker. Laissant à ces populations déjà historiquement méfiantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique occidentale l’impression qu’on cherche à leur laisser un produit de second rang.

Le monde ne peut se permettre de laisser le virus enflammer une région entière, avec le risque de le voir développer des mutations incontrôlables. La complète désorganisation du Brésil et son variant local en sont la preuve la plus éclatante et la plus menaçante. Il faut y aller plus vite, plus fort, aux quatre coins du monde. Et pour cela, il faut que les entreprises pharmaceutiques occidentales, au moins temporairement, laissent d’autres industriels utiliser à moindres frais leur propriété intellectuelle. Le débat n’est pas seulement humanitaire. Il est aussi sanitaire, économique et d’urgence planétaire.

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