Les Congolais libérés

Vincent Georis

En renonçant à se présenter aux élections, Joseph Kabila rend son souffle à la République démocratique du Congo. Ce souffle, il faudra le garder jusqu'à décembre pour s'assurer des conditions du scrutin.

Depuis deux ans, la République démocratique du Congo évoluait dans un no man’s land démocratique. Son président, Joseph Kabila, semblait dériver sans fin dans l’exercice d’un pouvoir à l’allure monarchique. Muré dans son silence, il avait endossé le rôle du sphinx renaissant de ses cendres à chaque élection, la fatalité ayant fini par convaincre les Congolais qu’il en serait de même cette fois-ci encore. Depuis l’indépendance du Congo en 1960, seules la maladie et la mort ont eu raison des chefs d’État de ce grand pays.

En lâchant le pouvoir, Joseph Kabila rend aux Congolais la liberté de choisir leur destin.

Joseph Kabila, âgé de 47 ans, aurait pu s’accrocher. Il est jeune, riche et plus d’un proche lui conseillait de briguer un troisième mandat. Il a eu le courage et la sagesse de renoncer au mirage du trône pour laisser son pays respirer l’air de la démocratie. La pression exercée par l’opposition congolaise, l’Église, les pays voisins, l’Europe et les nouvelles menaces de sanctions des Etats-Unis y sont aussi, à coup sûr, pour quelque chose.

En lâchant le pouvoir, et pour autant qu’il tienne sa promesse jusqu’au bout, Joseph Kabila rend aux Congolais la liberté de choisir leur destin en toute indépendance.

Son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, surnommé par sa famille politique "Monsieur coup sur coup", n’est pas des plus populaires. Il se murmure, dans l’opposition, que ce surnom serait lié à la répression de manifestations alors qu’il était ministre de l’Intérieur. Il n’a pas le poids politique des leaders de l’opposition, Félix Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba.

L’organisation des élections est loin d’être finalisée. Les observateurs internationaux n’ont pas encore été désignés. Le recensement des électeurs n’est pas encore terminé. Dans cet inaccomplissement, il vient aux observateurs un doute. Et si le président Kabila cherchait juste à se libérer de la pression occidentale? À gagner du temps pour organiser la victoire de son candidat? Dans ce cas, les élections ne pourraient se dérouler dans un climat apaisé et elles perdraient toute leur crédibilité.

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