Les datacenters menacent notre équilibre énergétique

Rédacteur en chef adjoint

Après Google, voici Microsoft. Les annonces d’installation de datacenters pullulent sur notre territoire. Au-delà de la question environnementale, ces gros consommateurs posent un nouveau défi à notre équilibre énergétique déjà précaire.

"Les data, c'est le nouveau pétrole du XXIᵉ siècle." Mantra connu, et ô combien réel tant les besoins en données sont pléthoriques, et ce, à travers tous les secteurs. Aussi peut-on se réjouir de voir Microsoft réaliser "un investissement à neuf zéros" sur les dix prochaines années en Belgique, avec pour objectif d'y développer un triple datacenter. Microsoft les met à disposition de clients belges, et le promet : avec cette infrastructure à proximité, les entreprises belges pourront stocker et gérer leurs données localement, ce qui leur permettra de réduire à quasi rien les temps de latence, une performance particulièrement utile pour l'échange de grosses images entre hôpitaux ou d'instructions de machine à machine pour l'industrie de pointe.

Comment compte-t-on alimenter ces mastodontes énergivores? Nos édiles politiques ont-elles réfléchi à l'impact sur l'approvisionnement de notre pays, à l'heure où ces enjeux surplombent la délicate question de la sortie du nucléaire?

Bref, dirions-nous, voici une belle aventure dans un pays en mal de numérisation. Pourtant, après l'annonce du 6e datacenter wallon de Google il y a deux semaines, puis celle-ci de Microsoft mardi, une question nous taraude: comment compte-t-on alimenter ces mastodontes énergivores? Nos édiles politiques ont-elles réfléchi à l'impact sur l'approvisionnement de notre pays, à l'heure où ces enjeux surplombent la délicate question de la sortie du nucléaire?

Des questions capitales pour notre avenir énergétique. Avec ses datacenters en Belgique, Google a rejoint le club restreint des 38 entreprises les plus énergivores sur notre territoire, aux côtés des BASF, ArcelorMittal et Infrabel. En 2018, le groupe a bien installé une centrale solaire, qui lui fournit 2,8 mégawatts. Un apport mineur comparé aux 200 à 300 mégawatts mis à sa disposition par le gestionnaire de réseau Elia pour son nouveau site à Farciennes. Et qu'on ne se méprenne pas: son contrat de 92 mégawatts d'éolien offshore, conclu avec Engie en 2019, n'ajoute aucune capacité supplémentaire.

Rajoutons ceci: déjà étriquée aujourd'hui, l'offre énergétique belge le sera encore davantage à l'avenir. Dans son dernier rapport publié la semaine passée, Elia nous indiquait que la Belgique est en route vers un déficit structurel en 2050, été comme hiver. Avec ce constat, vient donc la délicate question du délestage: les datacenters belges des Google et Microsoft participeront-ils à la mise à l'arrêt temporaire de la fourniture d'électricité en cas d'offre insuffisante?

Malheureusement pour nous, ces entreprises ont un levier considérable à leur disposition: ce sont les données des clients belges, dont les hôpitaux, que Microsoft hébergera dans ses nouveaux datacenters. Difficile de leur demander de débrancher la prise.

Les données sont et restent le pétrole du XXIᵉ siècle. Pour autant qu'on les gère intelligemment. À l'heure où le gouvernement fédéral se penche sur les conséquences de la sortie du nucléaire, ces questions valent d'être placées dans l'équation.

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