Les digues de l'Europe

Élections législatives néerlandaises.

Les Néerlandais ouvrent le bal. Les bulletins de vote qu’ils vont glisser dans l’urne aujourd’hui auront un impact bien au-delà des frontières de leur pays. Pas seulement parce que le résultat des législatives orientera l’avenir du "plus grand des petits" pays au sein de l’Union européenne. Mais aussi parce qu’il enclenchera une petite musique que l’on jouera à travers l’Europe jusqu’aux élections françaises et allemandes. La marche conquérante des destructeurs de ponts, ou la balade prudente de ceux qui – peu ou prou – continuent de croire en l’Europe et son héritage humaniste.

Sans leur union, les Européens ne sont pas grand-chose dans le concert des nations. Et sans ses valeurs, l’Union n’est pas grand-chose dans la marche du monde.

Quel que soit le résultat du vote néerlandais, le signal politique qu’il enverra au reste de l’Europe ne sera pourtant pas décisif. Les séries noires ne sont pas écrites par avance. Mais il semble que jamais les éléments extérieurs n’auront autant eu le potentiel de perturber les scrutins. On verra l’influence du jeu politique d’Erdogan sur l’électeur néerlandais. Mais jusqu’où l’hostilité inédite de puissances étrangères envers l’Union va-t-elle tenter d’infléchir le vote français?

Il faut aussi compter avec l’irresponsabilité d’Européens convaincus. À quarante jours des élections françaises, un Allemand, Manfred Weber, chef de file du premier parti d’Europe, a cru bon de demander que soient coupés les financements européens aux partis europhobes. La proposition nourrit inutilement les attaques frontistes contre une Europe prétendument antidémocratique "de Berlin". Surtout, elle renie l’ancrage voltairien de la démocratie européenne. Qu’un cadre du plus grand parti européen lâche pareille énormité est une nouvelle traduction de l’état de désarroi dans lequel se trouve l’Europe. Mais ce n’est pas une excuse pour se tromper de voie. Sans leur union, les Européens ne sont pas grand-chose dans le concert des nations. Et sans ses valeurs, l’Union n’est pas grand-chose dans la marche du monde. C’est sur ces deux digues que les lames de l’ordre rétrograde que les europhobes proposent aux peuples doivent se briser.

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