Les élections européennes, un test pour le Brexit

Vincent Georis

La sortie du Royaume-Uni de l'Union reportée au-delà des élections européennes.

"Qui frappe les buissons en fait sortir les serpents", dit l’adage chinois. Le report de la date du Brexit au 31 octobre et la possibilité de voir les Britanniques participer aux élections européennes ont provoqué une telle onde de choc au Royaume-Uni que l’on voit ressortir au grand jour les pires protagonistes du Brexit.

Le leader d’extrême droite Nigel Farage, le plus enragé d’entre les Brexiters, a annoncé vendredi la création de son parti pour les européennes. Lui qui, depuis toujours, rêve de couler l’Union européenne, compte en redevenir un des élus.

Comme les autres professionnels de l’europhobie, Marine Le Pen et consorts, Nigel Farage a vécu durant des années des (plantureux) deniers de l’Europe. L’échec du Brexit, en prolongeant le maintien de son pays dans l’UE, lui permet de rempiler. Ce qu’il s’empresse de faire avec cette joie mêlée de haine obséquieuse qui caractérise ses interventions dans l’hémicycle européen. Il promet d’inspirer "la peur de Dieu aux membres du Parlement de Westminster" qu’il accuse d’avoir "trahi" la décision britannique de quitter l’UE. Il emporte sur sa liste Annunziata Rees-Mogg, la sœur de Jacob Rees-Mogg, le leader des Brexiters au sein des conservateurs.

Trois ans après sa victoire, Nigel Farage, comme le Brexit, a quelque peu perdu de son lustre.

Mais sera-t-il aussi convaincant? Trois ans après sa victoire au référendum, Nigel Farage, comme le Brexit, a quelque peu perdu de son lustre. Il n’est pas sorti gagnant de l’aventure. Sa popularité et son parti indépendantiste, le Ukip, sont en perte de vitesse. Lors des sommets sur le Brexit, on le voit arpenter la salle de presse du Conseil européen à Bruxelles, à quémander quelques interviews pour tenter de redorer sa popularité déclinante. Il est étrange que l’Europe daigne abriter celui de ses enfants qui la honnit le plus.

Les Britanniques vont-ils, à nouveau, le suivre? Écouteront-ils de la même oreille les Boris Johnson et autres Brexiters les haranguer drapés de l’Union Jack?

Les élections du 23 mai pourraient avoir une valeur indicative de consultation sur le Brexit, sans pour autant en être une au sens juridique. Un test grandeur nature, prudent, dans un contexte où le Brexit paraît de plus en plus introuvable mais où la flamme des europhobes peut, à tout moment, se raviver.

Si ce test des élections européennes est concluant, il pourrait être suivi d’un nouveau référendum qui délierait celui du 23 juin 2016.

Quoi qu’il en soit, le carrousel du Brexit a assez duré. L’Union européenne est monopolisée depuis trop longtemps par cette affaire qui, certes, affermit son unité, mais relègue au second plan les indispensables avancées qu’impose notre société au projet européen. La finalisation de la zone euro, pour protéger notre monnaie, une Europe sociale, une plus grande démocratisation des institutions, une défense européenne. Et, pourquoi pas, une Europe fédérale.

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