Les hôpitaux ne sont pas encore sortis de l'auberge

Journaliste

Le coronavirus a balayé toutes les failles du secteur hospitalier. À l'heure du déconfinement, elles se rappellent à nous.

Nul cynisme ici. Mais il faut avouer que l'épidémie qui se joue de nous depuis plus d'un an aura réussi à remettre de l'ordre dans notre liste de priorités.

"Il y a moyen de tailler dedans!" Des années durant, la sécurité sociale a été présentée comme un encombrant centre de coûts dans le gras duquel on pouvait trancher, une variable d'ajustement budgétaire. Cette crise d'ampleur inédite a changé la donne, replaçant la santé sur un piédestal; on voit mal quelqu'un faire campagne sur le dos d'une Sécu à mettre au régime au nom de la rigueur budgétaire - du moins pour quelques années.

Signe des temps, la coalition Vivaldi a déjà mis sur la table 1,1 milliard d'euros étiquetés "soins de santé". Il faut le souligner. S'en réjouir? "N'oublions pas que cela passe après des années de coupes, dont 900 millions en 2017, nous rappelait cette semaine un directeur d'hôpital. Cela nous permet juste de sortir la tête de l'eau."

Sous cloche

Surtout, il faut se rendre compte que le coronavirus n'a fait que mettre sous cloche les vastes défis auxquels fait face le secteur hospitalier. Et ne pas oublier que 2019 était l'année de la grogne sociale et de l'éruption de l'intense lassitude des blouses blanches. Après quoi, un virus est arrivé et il a bien fallu serrer les coudes et faire face, malgré tout. Il n'y a toutefois rien d'étonnant à voir le feu de la contestation sociale reprendre sitôt que la situation épidémique s'améliore.

Revoilà l'hôpital face à ses vieux démons et à ses finances chancelantes. En tête, le mode de financement des institutions, poussant à la concurrence et à la consommation.

Revoilà l'hôpital face à ses vieux démons et à ses finances chancelantes. En tête, le mode de financement des institutions, poussant à la concurrence et à la consommation. Le dossier est sur la table de Frank Vandenbroucke, qui a l'intention de casser ce cercle vicieux. Tant mieux; il était temps de s'en emparer. On attend l'atterrissage.

À côté de la nécessaire revalorisation salariale des métiers de soins, sans doute faudra-t-il plancher sur leur attractivité au sens large, afin de contrer la pénurie d'infirmières et infirmiers qui frappe.

À vrai dire, la liste des chantiers relatifs à la santé a de quoi donner le tournis. S'y côtoient renforcement des réseaux hospitaliers, grand saut de la numérisation, attention consacrée à l'accessibilité des soins – ce qui implique de se pencher dans le fouillis des suppléments d'honoraires, une autre volonté de la Vivaldi –, ou élaboration d'un nouveau modèle pour les fins de vie. Sans oublier le retour d'une politique de santé publique à long terme, puisque ce satané virus est cruellement venu nous rappeler que "prévention" n'est pas un gros mot. Heureusement que la santé est redevenue à la mode.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés