Les ponts ou la forteresse

Haro sur l’accord UE-Mercosur

Le Parlement de Wallonie s’en prend à son tour à l’accord d’association conclu entre la Commission européenne et les quatre pays latino-américains du Mercosur. C’est un clou de plus sur le "deal" annoncé en juin dernier et moribond depuis que le Président français et le gouvernement autrichien, notamment, ont annoncé qu’ils ne le signeraient pas "en l’état". Pendant que l’accord passé avec le Canada (Ceta) reste dans les limbes de son processus de ratification, le sort de l’accord UE-Mercosur remet en lumière la position d’équilibriste dans laquelle se trouve l’Union.

Elle dépasse l’idée manichéenne selon laquelle le commerce serait intrinsèquement bon et se débat pour démontrer qu’il n’est pas mauvais. À l’ère du réchauffement climatique et du dumping social, dire que l’effet naturel du commerce est de porter la paix ne suffit plus. La thèse de l’Europe, c’est celle qui s’affiche sur ses billets: les accords commerciaux sont des ponts lancés à travers le monde. Des ponts par lesquels passent ses entreprises, bien sûr, mais aussi ses normes environnementales, sociales et sanitaires.

À pousser trop loin la logique normative de l’Europe, le risque est de provoquer en face la levée des ponts-levis.

Sans accord, les Européens n’ont aucune prise concrète pour pousser le Brésil de Bolsonaro à avancer sur la voie de l’Accord de Paris, qui n’est pas contraignant. Le problème, pour rester sur le grief climatique, c’est qu’on peut mesurer le mal qu’un accord commercial peut faire au climat, mais pas l’effet vertueux d’un dialogue structuré sur le sujet entre Bruxelles et Brasilia. Dire qu’on peut utiliser le commerce comme levier pour faire respecter des normes, environnementales ou autres, ne suffit donc pas non plus.

Alors la Wallonie, avec d’autres, exige plus de garanties. À raison. Reste à placer le curseur au bon endroit. Car à pousser trop loin la logique normative de l’Europe, le risque est de provoquer en face la levée des ponts-levis. À l’heure où l’Europe se prépare à mettre en place une taxe verte à ses frontières, un bâton pour défendre son ambition climatique, elle doit aussi proposer des carottes qui invitent à la suivre. À défaut, elle tomberait dans le piège de l’Europe forteresse, celle qui chercherait à bâtir en ses murs un monde idéal sans se soucier de contribuer à bâtir le monde.

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