Les références de Bart De Wever

©Van Hoof ©Sofie Van Hoof

On sait que Bart De Wever est féru d’histoire et qu’il n’aime rien tant que d’asséner l’une ou l’autre référence au passé dans ses discours.

Effet garanti auprès des militants qui, dans l’ensemble, n’y connaissent pas davantage en histoire que le commun des mortels, c’est-à-dire le strict nécessaire. Longtemps, le président de la N-VA a été fasciné par Jules César, truffant ses discours de citations gréco-latines. Déjà, la référence pouvait étonner: le chef de guerre romain a tout de même été le colonisateur de tous les peuples de la Gaule…

Lors du congrès du week-end dernier, Bart De Wever a invoqué cette fois les mânes de Martin Luther, moine du XVIe siècle à l’origine du protestantisme. Et chacun de s’interroger: la référence au père de la Réforme avait-elle un sens caché? Tentative de décryptage. Un: le mot "réforme", très prisé en politique. La preuve, d’autres partis l’ont intégré dans leur dénomination, à l’image du "Mouvement réformateur", ou MR, le seul parti francophone qui trouve grâce aux yeux de la N-VA. Deux: Luther a traduit la Bible en allemand et, grâce à l’invention de l’imprimerie, a contribué à l’expansion de la langue du peuple. Trois: farouche opposant du pape et du commerce des indulgences, Luther a été excommunié. Une victime du pouvoir dominant, cela a un petit côté "Caliméro" qui plaît toujours chez les nationalistes flamands. Quatre: si le but était de mettre en avant le sens des affaires des protestants, c’est raté. Celui dont la pensée a séduit les industrieux pays du Nord, c’est Calvin, pas Luther.

Mais Luther peut s’avérer une référence nettement plus gênante. Vers la fin de sa vie, le théologien s’en est pris violemment aux juifs, dans un pamphlet intitulé "Des Juifs et de leurs mensonges". Un texte où il préconise, en vrac, de brûler des synagogues, de confisquer les biens des Juifs, de détruire leurs maisons et leurs écoles… Explication: Luther aurait été très vexé de constater qu’il ne parvenait pas à convertir les Juifs au christianisme. Il n’empêche que ses écrits (avec lesquels l’église luthérienne a dû par la suite prendre ses distances) ont fait le bonheur des nazis. Comme référence culturelle, on a fait plus consensuel.

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