L'édito de François Bailly, rédacteur en chef.

Nethys va être privatisée, à tout le moins ses actifs concurrentiels vont l’être, comme le recommandaient les conclusions de la commission d’enquête Publifin. On a dû le pousser un peu dans le dos, mais Stéphane Moreau, ce vendredi, a finalement compris. Il va partir, promis. En plus? "Nous allons sauver l’emploi et garantir l’ancrage régional." Happy end en bord de Meuse.

Ne croyez surtout pas toutes les histoires qu’on vous raconte. D’abord, Stéphane Moreau est tout sauf parti pour l’instant. Ensuite, la séquence qui s’est jouée cette semaine en Cité ardente est de celles que nous ne voulons plus jamais lire et qu’un premier scandale, une commission parlementaire et un décret gouvernance auraient justement dû éviter.

Trois ans après l’éclatement de l’affaire des comités de secteur, revoici la Wallonie plongée dans ses heures les plus sombres. Avec une manne d’argent public potentiellement placée au cœur de petits arrangements et de processus opaques.

L’affaire Nethys décortiquée

Ne tournons pas quatre fois autour du pot. Il est du devoir du nouveau gouvernement wallon de stopper net cette nouvelle comédie, de prendre réellement les choses en main, de mettre le destin des bijoux industriels liégeois dans celles d’experts indépendants et neutres.

Selon la direction et le conseil d’administration de Nethys, des actifs comme Win ou Elicio ne vaudraient pas grand-chose. Qu’ils le prouvent, qu’ils le démontrent, qu’ils démentent ceux qui contredisent cette version, avant de les offrir sur un plateau à d’autres Liégeois. On ne vend pas des entreprises de telles tailles sans recourir à une banque d’affaires et sans faire appel au marché. Point.

Nous sommes en 2019 et, à Liège, on oublie encore que Nethys n’appartient pas au management de Nethys mais, majoritairement, au 1,1 million d’habitants de la province et des communes liégeoises actionnaires. Il n’est d’intérêt que public. Point.

L’image de la démocratie en Wallonie, qui donne l’impression de ressembler à une république soviétique plutôt qu’à une Région en pleine métamorphose, est perdante.

Le gain d’une vente, si on décide qu’il faut vendre – et c’est ce qui a été décidé –, doit servir au financement de crèches, d’écoles, de routes et de ponts. Pas à l’enrichissement de certains.

Or c’est ce que la mascarade actuelle laisse, au minimum, penser.

Liège est sonné, et les premiers fautifs sont ceux qui croyaient (naïvement?) que Stéphane Moreau et ses proches sacrifieraient d’eux-mêmes la bête qu’ils s’étaient démenés à créer. On a perdu trois ans. Ils en ont eu pour leur argent.

Au final, les grands perdants de toute cette tragédie sont: un, les citoyens qui ont longtemps payé la mauvaise gestion d’une intercommunale; deux, l’image de la démocratie en Wallonie, qui donne l’impression de plus ressembler à un république soviétique qu’à une Région en métamorphose.

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