Locomotives en mal de vision

L’absence de stratégie pour le rail belge

Le rail belge souffre d’un double paradoxe. Il n’avait plus été si populaire depuis l’avènement du "tout voiture" dans les années 60. Il n’a jamais été autant dans l’air du temps, alors que l’écologie est mise à toutes les sauces. Pas un seul politicien aujourd’hui n’oserait vous dire que le transport ferroviaire n’est pas important. Pourtant, dans le même temps, le rail est chroniquement sous-financé et ne sait pas du tout vers où il se dirige. La responsabilité est à chercher sur plusieurs législatures.

À l’heure où une nouvelle équipe débute et où Paul Magnette tente la recette gouvernementale magique, il était important que les patrons du rail belge sortent de leur réserve. Que retenir? Certes, Sophie Dutordoir et Luc Lallemand auront besoin d’argent, vraisemblablement de beaucoup d’argent. Mais ce dont ils ont besoin avant tout, c’est d’une vision et d’une stratégie claire sur la place du rail dans la mobilité et dans la société d’aujourd’hui et de demain, loin des jeux politiciens. C’est tout particulièrement le cas pour la SNCB, qui demande de savoir à quelle libéralisation elle va être mangée.

Il ne faut pas se cacher. Opter pour un vrai transfert modal vers le train demandera du courage politique et de l’argent.

Si on ne lui garantit pas une mission de service public pour 10 ans, la libéralisation complète arrivera dès 2023, un casse-tête dantesque pour l’État et l’entreprise. Côté réseau, le tableau est également compliqué. Quand on n’investit pas suffisamment dans l’infrastructure, c’est moins visible à court terme, mais il s’agit en fait d’une dette déguisée pour la suite. Aujourd’hui, Infrabel a donc besoin de budgets de "rattrapage" et ce, seulement pour maintenir la qualité et la quantité actuelle du réseau.

Si on veut assister à un vrai transfert modal de la route vers le rail dans les années à venir, il faudra donc aller vite et avoir une direction claire. C’est un choix politique qui viendra se rajouter à tous les autres domaines déjà sous-financés dans notre pays. L’arbitrage ne sera pas simple et demandera une bonne dose de courage politique, qui dépassera les habituelles questions parlementaires sur sa ligne locale ou la température trop basse dans sa gare.

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