Message in a bottle

Ce prix Nobel de la Paix est un message adressé à Pékin. Une bouteille lancée à la mer…

La Norvège espérait devenir avant la fin de l’année le premier pays d’Europe à signer un accord de libre-échange avec la Chine… Elle ne doit plus trop y compter. 

Avant l’annonce de la nomination de Liu Xiaobo, le régime chinois avait mis Oslo en garde contre les conséquences dommageables d’un "geste inamical". L’avertissement était clair. Mais les "sages" nommés par le parlement norvégien sont indépendants. Cela a valu une convocation de l’ambassadeur de la Couronne à Pékin chez un ministre des Affaires étrangères chinois officiellement "mécontent", officieusement vert de rage…

Ce prix Nobel est bien sûr un message adressé à Pékin. Une bouteille lancée à la mer… Elle mettra sans doute longtemps à échouer sur une plage chinoise et trouver un réel écho dans les salons feutrés pékinois. La première réaction du régime à l’annonce du comité Nobel a été de la censurer sur les principaux sites internet du pays et de bloquer tous les SMS contenant le nom de Liu. Le régime ne fait que suivre la ligne qu’il a adoptée depuis qu’il s’est ouvert aux technologies de communication de masse.

Mais Pékin n’est pas la cible première du message. Ceux qui doivent attraper cette bouteille, ce sont les Occidentaux. Ceux-là mêmes qui ont inventé la démocratie et les droits de l’Homme: au terme de révolutions et de guerres sanglantes, ils ont fini par comprendre que ces valeurs seules peuvent garantir la paix. En Chine, le Parti a bien compris à quelle lanterne éclairer son despotisme pour créer du progrès social. Mais ressentira-t-il un jour le besoin de s’ouvrir à la concurrence politique? Sans pressions internes et externes, rien n’est moins sûr. Aujourd’hui, l’influence des grandes démocraties sur la marche du monde entre en phase de déclin. Face à un Etat qui deviendra peut-être la première puissance du monde, elles ne peuvent donc plus se contenter de parler business et de lancer timidement des appels fades au respect des droits naturels. Elles doivent risquer un bras de fer avec Pékin. Comme la Norvège vient de le faire à son insu.

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