Mission à risques pour les banquiers centraux

Chroniqueur, newsmanager

Les banques centrales face à la remontée des taux obligataires.

Ne boudons pas les bonnes nouvelles! Les prévisions pour l’économie mondiale se sont nettement améliorées. Et nous pouvons déjà dire merci à l’Amérique de Joe Biden! Si cette semaine, l’OCDE a fortement relevé sa prévision de croissance mondiale à 5,6% pour 2021 contre 4,2% auparavant, c’est essentiellement lié au mégaplan de relance américain et aux effets attendus de la vaccination. Dans ce dernier domaine, les USA sont véritablement en pointe. En janvier dernier, le président américain avait promis 100 millions de vaccinations contre le Covid-19 pour ses 100 premiers jours au pouvoir, soit un million de vaccinations par jour en moyenne. Or, les États-Unis tournent aujourd’hui en moyenne à 2 millions de vaccinations par jour, avec même un pic quotidien à 2,9 millions. Un sacré coup de "boost" pour la confiance. Si vous ajoutez à cela le vaste plan de relance de Joe Biden, vous obtenez le cocktail parfait, susceptible de faire rebondir la croissance américaine à 6,5% (un chiffre digne de la Chine!) après une récession de -3,5% en 2020.

L’American Rescue Plan porte sur un montant de 1.900 milliards de dollars, soit environ 8,5% du Produit intérieur brut (PIB) américain. C’est beaucoup. C’est même disproportionné aux yeux de différents économistes comme Lawrence Summers ou Olivier Blanchard qui redoutent une surchauffe de l'économie, alimentée par la consommation des ménages. De leur côté, les marchés financiers anticipent déjà une remontée de l’inflation. De quoi expliquer la récente hausse des taux obligataires. Depuis l’été dernier, le taux américain à 10 ans a tout bonnement triplé, grimpant jusqu’à 1,6%. Et jusqu’à présent, le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, n’a pas trouvé la parade dans sa communication pour rassurer les marchés.

Ce jeudi, la présidente de la BCE va devoir s'évertuer à trouver les mots justes pour apaiser les marchés.

La situation est peut-être plus délicate encore pour son homologue européenne, Christine Lagarde. Par un effet de contagion obligataire, la Banque centrale européenne se voit également confrontée à une hausse des taux de rendement sur les marchés. Or, cette hausse intervient alors que le rythme de vaccination est encore bien trop lent en Europe et que la croissance y demeure trop molle. Dans ce contexte, une remontée des taux obligataires apparaît peu justifiée pour le moment. Elle est même contre-productive. Ce jeudi, lors de la réunion de la BCE à Francfort, Christine Lagarde va devoir s'évertuer à trouver les mots justes pour apaiser les marchés. Et leur prouver qu'elle dispose encore de munitions pour contrecarrer toute hausse excessive des taux du marché. Une mission à hauts risques, car c'est la crédibilité de la BCE qui est en jeu.

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