Ne fermons pas les yeux sur le drame afghan

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L'avancée des talibans en Afghanistan représente un échec occidental. Elle fait peser une double menace, sécuritaire et humanitaire.

Des réfugiés embarquant à bord d'un hélicoptère sur le toit de l'ambassade américaine fuient en catastrophe. La scène a symbolisé la chute de Saïgon et la défaite américaine au Vietnam en 1975. Pourrait-elle se répéter d'ici peu à Kaboul? Les États-Unis et le Royaume-Uni viennent en tout cas de décider d'évacuer dare-dare leurs diplomates et ressortissants de la capitale afghane désormais prise en étau par l'avancée foudroyante des insurgés talibans, qui ont déjà conquis la majorité du territoire et la plupart des grandes villes du pays. Sauve qui peut.

Après pratiquement 20 ans d'engagement et des centaines de milliards de dollars engloutis, la situation en Afghanistan témoigne d'un échec cuisant des États-Unis et des pays de l'Otan, dont la Belgique, à stabiliser la région. Pour l'Occident, elle fait d'abord poindre une menace sécuritaire. Faut-il rappeler que les talibans ont jadis fait de l'Afghanistan un sanctuaire pour les terroristes d'Al Qaïda? Leur programme politique et idéologique n'a pas changé, même si le vernis se veut plus présentable. Joe Biden, qui a confirmé le retrait militaire américain au 31 août, fait le pari que les États-Unis ne seront pas directement menacés, espérant circonscrire le danger à l'intérieur des frontières afghanes en tablant sur un pragmatisme des talibans. Risqué.

L'Afghanistan est d'ores et déjà le premier pays pourvoyeur de demandeurs d'asile en Belgique.

L'autre conséquence, déjà visible, est humanitaire. Les civils fuient les combats et les persécutions. La perspective d'une prise du pouvoir totale par les talibans pourrait pousser des milliers d'Afghans à l'exode. De quoi accentuer encore la pression sur les frontières européennes et alimenter la peur d'une crise migratoire, comme en 2015. L'Afghanistan est d'ores et déjà le premier pays pourvoyeur de demandeurs d'asile en Belgique.

Cette crise afghane doit pousser les États membres de l'Union européenne à s'accorder sur une nouvelle politique migratoire, plus intégrée. Il n'y a pas de solutions faciles et il ne s'agit pas d'être angélique. Mais fermer les frontières, parquer des gens dans des camps de la honte, les refouler manu militari, laisser mourir des humains en mer, faire la fortune des passeurs et sous-traiter la gestion des frontières à des régimes peu démocratiques bafoue les principes élémentaires du droit d'asile et nos valeurs.

Dans ce contexte sombre, d'abord pour les Afghans eux-mêmes évidemment, osons espérer que Sammy Mahdi, secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, plaidera sans tarder pour une suspension des retours forcés vers ce pays, à l'instar de nombreux pays européens. Sur ce point, il faut une impulsion politique, et non défausser sa responsabilité sur le seul CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides).

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