Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Rédacteur en chef

L'édito de Joan Condijts, rédacteur en chef.

Chaque dossier sale, chaque affaire sordide, chaque révélation tonitruante finit, le choc passé, par secouer le cerveau et générer des questions cartésiennes. Voire des dilemmes cornéliens.

François Fillon est soupçonné d’avoir employé fictivement son épouse comme assistante parlementaire, la rémunérant grassement au passage, et d’avoir engagé ses enfants sous des titres qui n’étaient pas encore leurs. Des "écarts" qui remonteraient à plusieurs années. Pourquoi ces accusations sortent-elles à trois mois des élections présidentielles françaises? La gauche ou l’extrême droite ne téléguiderait-elle pas les porteurs de ces messages au détriment du candidat?

Les hommes et les femmes qui fautent, aussi puissants soient-ils, sont in fine les uniques responsables de leurs erreurs.

Marine Le Pen est accusée d’avoir utilisé des fonds européens destinés à des assistants parlementaires pour payer des collaborateurs du Front national. La patronne du parti d’extrême droite fait expulser un journaliste qui lui pose des questions dérangeantes… Finalement, ne serait-elle pas une cible du "système"?

La nébuleuse Publifin paie des administrateurs fantômes, offre des salaires mirobolants à quelques privilégiés qui la contrôlent. L’intercommunale a grossi, grossi. Gênerait-elle? Bruxelles, Charleroi ou Anvers jalouseraient la pépite liégeoise au point de vouloir sa perte?

Dans un monde de l’apparence, de l’instant, de la boulimie d’informations, ces questions s’imposent. Ceux qui portent l’information – la presse dans la plupart des cas – doivent se les poser et mesurer la responsabilité de leurs actes. Jamais pourtant, chez le lecteur comme chez le journaliste, les conséquences ne peuvent justifier la négation des faits. Ou le doute s’y substituer. Les hommes et les femmes qui fautent, aussi puissants soient-ils, sont in fine les uniques responsables de leurs erreurs; ni la presse, ni leurs ennemis ne les commettent à leur place. Tirer sur les messagers ne sert souvent qu’à distraire de l’essentiel: les faits.

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