Nos données méritent mieux

Journaliste

Il faut agir pour remettre sur pied l'Autorité de protection des données.

Les données, nos données, font l’objet d’un jeu malsain. Un jeu qui dure depuis trop longtemps et qui est en train d’avoir raison de l’institution censée garantir la protection des données des Belges. Au moment où nous en avons le plus besoin, où nos données médicales et personnelles n’ont jamais été aussi sensibles, ou chacun se sent surveillé, l’Autorité de Protection des données ne semble plus être en capacité d’exercer sa mission et ressemble à un champ de bataille mêlant politique, communautaire et intérêts personnels. Un cocktail explosif.

Il est temps de siffler la fin de la récréation et transformer le bac à sable qu’est devenu l’ex-Commission de la vie privée en autorité adulte.

Les citoyens doivent pouvoir compter sur une autorité de protection de leurs données forte, indépendante et au-dessus de tout soupçon. C’est basique, mais c’est tout le contraire de qu'il se passe actuellement. Il est temps de siffler la fin de la récréation et transformer le bac à sable qu’est devenu l’ex-Commission de la vie privée en autorité adulte. Si l’on ne fait rien, le risque est qu’elle devienne inaudible. Pourtant, plus que jamais le rôle de cette autorité est essentiel. C’est le cas aujourd’hui avec les données de vaccination, avec les entreprises qui enfreignent allègrement le RGPD, ce sera aussi le cas demain avec les potentielles utilisations des données récoltées pendant la crise.

Ces derniers mois, l’APD a souvent été un caillou dans la chaussure du gouvernement qui a voulu aller vite, trop vite, et a rédigé des arrêtés ministériels par dizaines s’asseyant parfois sur un principe aussi élémentaire que la protection des données sensibles. L’APD a, de son côté, parfois brouillé le message en tirant systématiquement sur tous les textes qui passaient sous son radar, mais a prouvé son utilité en martelant tel une devise qu’un traitement de données doit toujours être proportionné et justifié.

À froid, il ne faudra pas oublier de se pencher sur les raisons de la situation de crise que connaît la jeune institution car il ne s'agit pas que d'une maladie de jeunesse. On pense notamment aux nominations problématiques ou encore au rôle de la Flandre qui ignore sciemment l’autorité, mais il y a plus urgent. Le parlement, qui a la responsabilité de l’APD, doit se faire respecter et agir vite. Un audit de la Cour des Comptes est attendu, mais le temps presse. L’autorité de protection des données sera une institution de plus en plus importante dans les prochaines années, elle doit donc être en ordre de marche dès maintenant pour conserver sa crédibilité. Cette crise a déjà généré tellement de ratés et de désillusions que le citoyen ne comprendrait pas que l’on se permette en plus de transiger avec ses données et sa vie privée.

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