Nos trésors à l'abandon

Les musées et établissements scientifiques sont à l’os.

Ne tournons pas autour du pot: la politique scientifique fédérale est une catastrophe. Que ce soit les grands musées (Beaux-Arts, Sciences naturelles, etc.) ou les établissements scientifiques (Observatoire, Bibliothèque royale, etc.), le constat est sans appel. Diminution sauvage des dotations, directions ad interim depuis des années, recours massifs à des bénévoles pour pallier le manque structurel de main-d’œuvre, les griefs sont nombreux. Cerise sur ce gâteau pourri: Belspo, la structure faîtière, est acéphale depuis mars 2018, après la décision du Conseil d’État de recaler la nomination de René Delcourt comme président de l’institution, trois ans après l’éviction spectaculaire et controversée de son prédécesseur Philippe Mettens. Et on ne parle pas des infiltrations dans les toits de nos musées. La politique scientifique fédérale ressemble à un gros bas de laine rapiécé, incapable de subvenir aux besoins vitaux de son propriétaire.

La politique scientifique fédérale ressemble à un gros bas de laine rapiécé.

La faute à qui? Le gouvernement Michel n’a pas l’apanage du désintérêt: son prédécesseur n’a pas affiché meilleure figure. L’agression sauvage de la N-VA en début de législature suédoise n’a en tout cas pas amélioré la situation. Qu’on se souvienne de l’acharnement de la secrétaire d’État Elke Sleurs contre son propre portefeuille, jugé trop belgicain. Une gestion par démantèlement, du jamais vu dans l’histoire politique belge.

Et la fierté affichée en avril dernier pour annoncer le nom du futur navire scientifique, le Belgica II, ne remontera pas le moral des troupes. L’Institut royal des Sciences naturelles qui en a la charge aux côtés de la Défense a vu sa dotation fondre de 13%, et sa directrice prendre sa retraite sans avoir de successeur.

Du seul point de vue économique, nous assistons à un véritable suicide. L’investissement dans la culture est rentable, tous les rapports en attestent. Sans compter les chefs-d’œuvre que nous ont légués nos aînés (de Rubens et David à l’art africain, en passant par la statuette Chimú) qui pourraient prétendre à meilleure considération. Doit-on, ici aussi, attendre un incendie de charpente pour réveiller les millions?

Lire également

Echo Connect