Notre stratégie énergétique vaut plus qu’un rapport

Rédacteur en chef adjoint

En sortant un rapport à quelques encablures d’une décision stratégique sur notre sortie du nucléaire, le Conseil supérieur de la Santé a semé une véritable pagaille dans le monde politique. L’importance hautement stratégique de la décision mérite qu’on recentre le débat.

Un pavé dans la marre. 140 pages racontant par le menu l’impact potentiel du nucléaire sur la vie des citoyens. C’est du lourd et ça a bien éclaboussé. Problème des déchets nucléaires, risques d’accident majeur, développements technologiques hasardeux et lointains, le Conseil supérieur de la Santé va jusqu’à imaginer un scénario d’attaque atomique sur notre territoire pour nous montrer combien jouer avec le noyau est dangereux. Les auteurs (moins les trois démissionnaires du centre SCK-CEN qui ont refusé de signer le rapport) égratignent au passage l’un de nos fleurons technologiques : le réacteur de recherche Myrrha. Un réacteur qui nous aidera pourtant à réduire drastiquement la radiotoxicité de la partie la plus problématique du combustible nucléaire. Et pour lequel la Belgique affiche une réputation d’excellence mondiale.

Sortir ledit rapport à la veille d’une décision majeure sur l’avenir énergétique du pays ne pouvait qu’émouvoir nos édiles qui s’invectivent déjà de part et d’autre d’une ligne de fracture aussi explosive que la fission nucléaire elle-même.

Nulle intention ici de minimiser les préoccupations des auteurs. Elles forment l’alpha et l’oméga d’une crainte légitime de la population vis-à-vis d’une technologie qui a déjà montré sous d’autres latitudes son potentiel dévastateur. Mais le moment de la publication pose question. Sortir ledit rapport à la veille d’une décision majeure sur l’avenir énergétique du pays ne pouvait qu’émouvoir nos édiles qui s’invectivent déjà de part et d’autre d’une ligne de fracture aussi explosive que la fission nucléaire elle-même. Et ce, depuis 18 ans déjà. En fin de semaine, le gouvernement fédéral commencera à évaluer la nécessité de conserver deux des sept réacteurs que compte la Belgique. Avec comme question cardinale: les constructions prévues de centrales au gaz suffiront-elles pour assurer la transition énergétique du pays? Spoiler: les discussions seront animées.

L’occasion de revenir sur le débat central que nous n’aurions jamais dû quitter : les nouvelles centrales au gaz nous permettront-elles d’assurer un approvisionnement suffisant d’électricité et ce, à un prix viable pour nos citoyens et notre économie?

Alors, remettons un peu de sérénité au sein de ce chenil politique. Le rapport du Conseil supérieur de la Santé n’apporte rien de neuf. Les risques évoqués sont connus de longue date. Les auteurs nous annoncent qu’ils ne voulaient "que" compléter le dossier sur la sortie du nucléaire. Sur la prolongation éventuelle de deux réacteurs nucléaires, ils le constatent eux-mêmes: "Aucun élément marquant n’imposerait un choix dans un sens ou dans l’autre. L’occasion de revenir sur le débat central que nous n’aurions jamais dû quitter: les nouvelles centrales au gaz nous permettront-elles d’assurer un approvisionnement suffisant d’électricité et ce, à un prix viable pour nos citoyens et notre économie? C’est sur ces seuls critères que doivent plancher nos ministres fédéraux, et qu’une décision doit être prise. Espérons que la sortie médiatique du Conseil supérieur de la Santé n’ait été qu’une parenthèse. La décision stratégique sur l’avenir énergétique du pays vaut davantage que ce malheureux vaudeville.

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