On n’a pas fini de parler de Distrigaz

©Nima Ferdowsi

A combien va-t-on pouvoir évaluer une tranche de mégawatts nucléaires d’une centrale nucléaire sur les bords du Rhône ou une capacité de stockage gazier dans la plaine du Pô ?

(l'écho) - À force de voir les géants européens de l’énergie se battre pour acquérir Distrigaz, on finirait par se convaincre que le marché belge est devenu la clé pour l’Europe. On n’en est sans doute pas là. Ce qui est évident, par contre, c’est que les énergéticiens européens regorgent de liquidités et sont victimes d’une frénésie d’achats qui leur chatouille le portefeuille.

Or, même en regardant bien dans les moindres recoins, il n’y a pas grand-chose à vendre sur le vieux continent, si ce n’est l’entreprise de négoce gazier qui contrôle, ce n’est pas rien, 80 % du marché belge.

Une aubaine pour Suez, actionnaire à 57,25 %, qui a pu laisser monter la pression pour faire grimper les enchères. Un jackpot assuré également pour les communes belges, présentes à 31 % via Publigaz, et les actionnaires individuels dans la mesure où le nouveau propriétaire devra lancer une OPA sur les parts des minoritaires au même prix que celui offert à Suez.

Certains l’ont d’ailleurs déjà bien compris. Depuis que Suez et GDF ont obtenu la bénédiction du président français Nicolas Sarkozy en septembre, le titre Distrigaz a grimpé de quasi 50 %.

Ceci dit, jusqu’à présent, la question du prix reste sans réponse dans la mesure où Suez a clamé haut et fort sa volonté de recevoir des actifs de qualité de l’acheteur. Soit. Mais à combien va-t-on pouvoir évaluer une tranche de mégawatts nucléaires d’une centrale EDF sur les bords du Rhône ou une capacité de stockage gazier dans la plaine du Pô ? Il ne serait donc guère étonnant de voir les candidats éconduits se retourner contre le vendeur et faire durer le suspense.

Autre question : le rôle réel que jouera le gouvernement belge dans le dossier. Dans un dernier baroud d’honneur, Guy Verhofstadt a opposé un veto ferme, à la tribune de la Chambre, aux candidatures de EDF et de la SPE. Objectif : ouvrir définitivement le jeu.

Qu’en fera le futur gouvernement Leterme ? S’aligner sur la position de son prédécesseur en reprenant à son compte la « Pax Electrica » qu’il avait fait signer aux dirigeants de Suez en octobre 2006 ? Cela reste à voir.

Quant au groupe de Gérard Mestrallet, il peut sans doute fouler des deux pieds les exigences étatiques dans un deal privé. Mais le numéro un de GDF Suez connaît bien la Belgique et sait que, s’il veut garder une chance de maintenir ouvertes ses centrales nucléaires, il devra composer.

par
Jean-Michel Lalieu
Journaliste Entreprises

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