On n'enferme pas un enfant

Pour faire respecter sa politique, le gouvernement en est réduit à placer des familles en centre fermé en Belgique. Et à renier une valeur fondamentale de notre démocratie.

Une première famille est entrée mardi en fin de matinée au centre fermé "127 bis" à Steenokkerzeel en vue de son expulsion. Cette arrivée concrétise la remise en vigueur, décidée par le gouvernement Michel, d’une pratique très critiquée.

Comme souvent lorsqu’il s’agit d’immigration, le débat est passionné et la situation est politiquement exploitée à dessein: par certains pour agiter des peurs et des fantasmes électoralement rentables, par d’autres pour accuser l’adversaire de racisme et de violations de droits humains sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin. Le débat mérite pourtant de la nuance.

Laissée en liberté, la famille pourrait échapper à l’expulsion. C’est vrai. Et alors?

En l’occurrence, la famille serbe enfermée au "127 bis" était en séjour illégal depuis 2013, elle a épuisé toutes les voies de recours en vue d’obtenir un titre de séjour et elle a fui deux fois une "maison ouverte". Même sans partager la politique choisie en matière d’asile, on peut comprendre qu’un Etat veuille se doter des moyens de faire respecter sa loi, un avis d’expulsion dans le cas qui nous occupe.

Mais le gouvernement se trompe lorsque ce moyen consiste à enfermer des enfants dont le seul tort est de ne pas avoir les bons papiers. Notre société se base sur une série de valeurs et de principes inexpugnables. Le refus de la peine de mort ou l’égalité hommes-femmes en sont deux exemples parmi d’autres. L’interdiction de la prison pour des enfants est de cet acabit. On ne met pas un enfant en prison. Jamais.

On nous rétorquera que l’enfermement est court et qu’il est accompagné de soins et d’une attention particulière pour les enfants. Mais une cage reste une cage, fut-elle prétendument "dorée". On nous objectera aussi que, laissée en liberté, la famille pourrait échapper à l’expulsion. C’est vrai. Et alors? Il est préférable de voir quelques rapatriements manqués que de renier nos valeurs fondamentales. Ces enfermements, condamnés par la Cour européenne des droits de l’homme ou l’ONU, sont une violation des droits de l’enfant. Et un enfant, c’est sacré. Point.

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