On ne meurt pas en Belgique parce qu’on n’a pas le bon papier

Rédacteur en chef

Quelle politique migratoire voulons-nous? Oui, il y a matière à débat et c’est un débat important, souhaitable. Mais pas maintenant, pas comme ça. D’abord, trouver une solution à la crise des sans-papiers en grève de la faim. Ensuite, débattre vraiment.

Stop. Arrêtez ces tirages de maillot entre partis gouvernementaux sur la question des 475 sans-papiers grévistes de la faim, dont certains au 58e jour frôlent la mort. N’en faites pas une affaire de gouvernement. Pas maintenant. C’est trop tard. Ce n’est plus le moment de se déchirer à ce sujet. Une urgence supplante toutes les positions de principe: trouver ensemble la solution à cette crise qui n’aurait jamais dû en arriver là.

Ce n’est pas une affaire de gouvernement, c’est une affaire de vie ou de mort. Au lieu de vous étriper par réseaux sociaux interposés, au lieu de menacer de démissionner de l’exécutif fédéral si un gréviste venait à décéder, mobilisez vos énergies pour mettre un terme à cette honte nationale. Dans ce pays, on a souvent fait preuve d’une belle créativité pour des questions bien moins graves.

Il y a forcément une solution, et peu importe si celle-ci amène certaines composantes de la majorité à faire le grand écart. Il y a quelque chose de plus important que la ligne politique de tel ou tel parti. Il y a la responsabilité de l’État. On ne meurt pas en Belgique parce qu’on n’a pas le bon papier.

Au lieu de menacer de démissionner de l’exécutif fédéral si un gréviste venait à décéder, mobilisez vos énergies pour mettre un terme à cette honte nationale.

Ce n’est qu’une fois la crise dépassée qu’on pourra reprendre les discussions et débattre vraiment. On sait depuis longtemps que la politique migratoire est un sujet aussi compliqué que brûlant en Belgique. C’est bien sur cette question que le gouvernement précédent s’est retrouvé en affaires courantes, la N-VA ayant quitté les responsabilités, car opposée au Pacte mondial sur les migrations, dit Pacte de Marrakech.

Il y a matière à débat, oui. Ce débat est souhaitable (quelle politique migratoire voulons-nous?) et d’ailleurs souhaité par la Vivaldi. Il est même prévu. "Afin de garantir la sécurité juridique, d’éviter les incohérences dans la législation relative aux étrangers et d’en améliorer la lisibilité, un nouveau code de l’asile et de la migration sera élaboré après un vaste débat avec les experts et les intervenants", lit-on dans l’accord de gouvernement. Le même accord annonce aussi que "le gouvernement veillera à ce que soient mises en place des procédures simples et rapides, un accueil de qualité et une politique de retour humaine et déterminée."

S’il y a un débat à mener, sans tabou, c’est celui-là. S’il y a un boulot à assurer, sans faux-fuyant, c’est celui-là. Mais d’abord, faites-en sorte, avec les représentants des grévistes de la faim, que 475 sans-papiers sortent de leur trou noir.

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