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Ordonnance sous haute pression

©Nima Ferdowsi

Francine De Tandt, présidente du tribunal de Commerce de Bruxelles, rendra ce mardi l'une des ordonnances les plus cruciales de sa carrière, dans une affaire appelée à devenir l'un des " cas " les plus célèbres de l'histoire économique de la Belgique.

Bruxelles (L'Echo) - Tout d'abord parce que l' affaire Fortis porte devant la justice le sort de l'ex-plus grande institution financière du pays. Un groupe qui s'est trouvé en si grand danger qu'il a manqué de faire connaître à la Belgique sa première faillite bancaire majeure depuis la nuit des temps. Une société cotée qui comptait d'innombrables petits actionnaires qui lui faisaient une entière confiance et qui, partant, ont tout perdu, ou presque.

Même si - et c'est évidemment à espérer - elle n'a subi aucune pression de quelque nature que ce soit, le poids de la décision de Madame De Tandt repose sur ses seules épaules, et gageons qu'il pèse lourd. Cette magistrate réputée pour connaître ses dossiers sur le bout des doigts ne l'ignore évidemment pas.

Les milieux politiques se sont tout même chargés de le lui rappeler. Lorsque le Premier ministre fustige - maladroitement - les actions en cours devant la justice et annonce l'apocalypse pour Fortis si l'opération BNP Paribas devait être contestée, il vise d'abord les actionnaires et leurs avocats.

Mais la présidente du tribunal entend aussi la menace. De même, quand le représentant du ministère public affirme haut et fort qu'à ses yeux, l'opération de cession de Fortis est " irrégulière " et nécessiterait la tenue d'une assemblée générale, il ne fait que son travail. Mais la présidente du tribunal l'entend, lui aussi.

Certes, la juge a une panoplie d'attitudes à sa disposition. Depuis la convocation d'une assemblée générale pour se prononcer sur l'intervention de l'État dans Fortis et/ou la nomination d'un administrateur ad hoc, jusqu'à la désignation d'un collège d'experts chargé d'examiner les livres et les comptes de la société, il y a de la marge.

Mais il n'empêche que la position de la présidente est terriblement inconfortable. Entre les petits actionnaires ruinés qui tentent de faire le deuil de leurs actifs en clamant leur colère, et les milieux politiques qui ont voulu à tout prix sauvegarder les épargnants et le personnel d'une des plus grosses entreprises de Belgique, Francine De Tandt tient entre ses mains la balance de la Justice. Rarement symbole aura été plus explicite.

Martine Maelschalck

 

 

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