Oser la vision sanitaire pour ne pas perdre la population

Rédacteur en chef adjoint

Le gouvernement se penche à nouveau ce vendredi sur une nouvelle batterie de mesures pour réduire la pression sur les hôpitaux. Il est temps de quitter cette gestion à la petite semaine et de prendre des mesures pérennes.

Allez, on comprend nos décideurs. Si, si. On les suit lorsqu’ils veulent protéger l’économie, la scolarité, la vie sociale. On leur sait gré de faire le maximum pour que la population puisse continuer à vivre, sous l’ombre d’une situation hospitalière au bord de l’implosion. Mais à force de tergiverser (ah, ces masques!), de brouiller les messages à coups de sorties médiatiques contradictoires, de diluer les décisions dans le mille-feuille institutionnel, c’est le contraire qu’ils obtiennent: une perte galopante de contact avec cette même population qu’ils ont tout fait pour garder à leurs côtés.

Allez lui expliquer, à cette population, ce troisième Comité de concertation en seize jours. Allez défendre ces mesures en colimaçon alors que depuis plusieurs semaines déjà, la situation dans les hôpitaux, curseur suprême dans la gestion sanitaire, est délétère, au sens propre du terme. Et que la boîte à outils actuelle (masques, vaccins, covid safe ticket, testing) n’offre plus une digue suffisante pour retenir le flux.

Osons ceci : pourquoi ne pas construire une gestion plus pérenne de cette pandémie, puisque nous sommes condamnés – les experts semblent s’accorder sur ce point – à vivre encore quelques années avec ce virus ?

Alors, justement, osons ceci: pourquoi ne pas construire une gestion plus pérenne de cette pandémie, puisque nous sommes condamnés – les experts semblent s’accorder sur ce point – à la subir encore quelques années?

Prenons les détecteurs CO2 et la ventilation, dans les classes et ailleurs: une mesure qui n’a été implémentée qu’au compte-gouttes. Prenons le personnel soignant, dont la carrière ne fait plus rêver et dont le manque nous ampute de 200 places en soins intensifs: le gouvernement nous a annoncé une task force dont les contours se font toujours attendre.

Prenons la communication, si bégayante. Elle se construirait sur la base de phases, avec des seuils précis, déclenchant des mesures précises: taux de reproductivité du virus, taux de positivité, admissions hospitalières, soins intensifs, … "Nous l’avons déjà tenté!", nous lance-t-on du fond de la salle.

C’est vrai et c’est piquant: il y a un an, presque jour pour jour, le gouvernement abandonnait son baromètre, construit plusieurs semaines avant par son comité d’experts. Abandonné alors que la vague d’alors était dans sa phase descendante. "Ce baromètre doit être repensé en profondeur", nous avait dit le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, sans réel suivi d’effets. Eh bien allons-y, repensons-le !

Oser, ce serait ainsi suivre au plus près l’évolution hospitalière, ne plus être acculé à prendre des mesures radicales faute d’avoir agi à temps, comme c’est le cas aujourd’hui. Oser, ce serait clarifier les procédures, qui empêcheraient d'opposer les secteurs les uns par rapport aux autres, comme c’est le cas aujourd’hui. Oser, ce serait reprendre contact avec la population, au travers de mesures crédibles et acceptées de toutes et tous, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Bref, osons la vision sanitaire, pour éclaircir notre quotidien.

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